Île monastique de Reichenau
Sommaire6 sections
- 01Une inscription en 2000, sur la base de trois critères
- 02Ce que le critère architectural retient : trois églises, trois époques
- 03Ce que le critère artistique retient : les peintures murales
- 04Le critère historique : le rayonnement intellectuel du monastère
- 05Une légende de fondation, à prendre pour ce qu'elle est
- 06L'accès aujourd'hui
L'île de Reichenau, sur le lac de Constance en Allemagne, est inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2000 pour ses trois églises médiévales.
Une inscription en 2000, sur la base de trois critères
L'UNESCO a retenu l'île monastique de Reichenau en 2000, au titre de trois critères qui, pris ensemble, disent l'essentiel du site : un ensemble d'églises médiévales exceptionnellement complet, une architecture qui documente plusieurs siècles de construction religieuse, et un foyer artistique majeur pour l'Europe du haut Moyen Âge. C'est cette combinaison, plus que la taille du site, qui distingue Reichenau d'autres abbayes européennes comparables. L'île se trouve dans l'Untersee, la partie inférieure du lac de Constance, dans le Land allemand de Bade-Wurtemberg, à quelques kilomètres de la frontière suisse. Sa surface totale avoisine 460 hectares, un territoire modeste au regard de l'importance qu'a tenue le monastère dans l'Europe du haut Moyen Âge.
Ce que le critère architectural retient : trois églises, trois époques
Le critère (iv) s'appuie sur trois édifices construits à des moments différents, ce qui permet de lire sur l'île l'évolution de l'architecture monastique du IXe au XIe siècle. La basilique de Mittelzell, consacrée en 816, garde une croisée carolingienne cruciforme de grande dimension, associée à un système de chauffage inspiré de modèles romains anciens. L'église de Niederzell, dont les transepts et l'abside datent de 1048, montre une étape ottonienne postérieure. L'église Saint-Georges d'Oberzell complète l'ensemble avec une nef plus tardive. Vues ensemble, les trois églises couvrent près de trois siècles de construction sans rupture majeure dans le paysage de l'île. La croisée de Mittelzell appartient à un type précis, dit à croisée dégagée, rare en Europe pour une construction de cette dimension et de cette date : c'est un des arguments techniques les plus solides du dossier d'inscription, au-delà du simple constat de bon état de conservation.
Ce que le critère artistique retient : les peintures murales
Le critère (vi) porte spécifiquement sur les peintures murales et les enluminures produites à Reichenau aux Xe et XIe siècles. L'abside de l'église de Niederzell conserve une des plus anciennes représentations connues du Christ en majesté au nord des Alpes. À Oberzell, la nef de Saint-Georges garde une série de fresques antérieures à l'an mille, remarquable par son ampleur : c'est le seul ensemble aussi complet de peintures murales de cette période conservé au nord des Alpes. Ces images ne sont pas de simples décors : elles renseignent sur l'iconographie religieuse d'une époque dont il reste très peu de témoignages peints en Europe. Les intérieurs des trois églises ont pourtant été remaniés et simplifiés au fil des siècles pour se conformer à une image plus convenue de l'architecture religieuse médiévale : c'est justement pour cela que l'authenticité, bien réelle, des peintures murales pèse autant dans l'évaluation du site.
Le critère historique : le rayonnement intellectuel du monastère
Le critère (iii) tient à ce que Reichenau fut, avant d'être un ensemble de bâtiments, un centre intellectuel des mondes carolingien puis ottonien. L'abbé Walafrid Strabon y écrit en 827 le Liber de cultura hortorum, l'un des premiers traités connus consacrés au jardinage. Un siècle plus tard, l'abbé Hatton Ier cumule la charge d'archevêque de Mayence et celle de chancelier du roi Arnulf de Carinthie, avant de recevoir à Rome les reliques de saint Georges qui donneront son nom à l'église d'Oberzell. Cette double vie, religieuse et politique, explique pourquoi un monastère d'une île relativement modeste a pu peser sur les affaires du royaume. Reichenau accueillait aussi une école monastique réputée, où le moine Tatton, connu pour son savoir, a formé plusieurs générations d'élèves parmi lesquels Gottschalk, figure théologique controversée du IXe siècle. Ce rôle de foyer d'enseignement complète, sur le terrain intellectuel, ce que les peintures murales montrent sur le terrain artistique.
Une légende de fondation, à prendre pour ce qu'elle est
La tradition locale raconte que l'île, couverte d'une forêt hostile peuplée de serpents, appartenait à un noble nommé Sintlas avant l'arrivée de Pirmin en 724, et que le saint aurait fait jaillir une source et chassé la vermine en trois jours. Ce récit relève du répertoire hagiographique classique, destiné à légitimer une fondation religieuse plutôt qu'à décrire des faits vérifiables. Il vaut comme pièce de la mémoire du lieu, pas comme source historique sur les conditions réelles de son défrichement.
L'accès aujourd'hui
Reichenau est reliée à la rive par une chaussée, ce qui la distingue des îles isolées du lac. Les trois villages se visitent à pied ou à vélo, et les églises restent ouvertes au culte, ce qui a l'avantage de conserver leur fonction d'origine mais impose de composer avec les horaires des offices. Le tourisme, canalisé sur les trois édifices classés, cohabite avec une activité agricole toujours importante sur l'île, notamment sous serres, qui occupe une grande partie des terres non protégées.
Résumer cet article avec :
Partager :
