
Brève synthèse
Les Sites mémoriels du Cambodge témoignent de l’une des violations des droits de l’Homme les plus graves perpétrées au XXe siècle. Entre 1971 et 1979, le régime khmer rouge établit un système sécuritaire national afin de réprimer les opposants politiques et d’instaurer une société agraire sans classe fondée sur l’agriculture collective. Le réseau de centres de sécurité et de sites d’exécution à travers tout le Cambodge toucha tous les aspects de la vie cambodgienne au moyen de l’emprisonnement, des déportations et du travail forcé ainsi que de la négation des besoins vitaux. En une seule décennie, un quart de la population périt.
Ce bien en série composé de trois éléments constitutifs illustre les phases du système sécuritaire khmer rouge. L’ancienne prison M-13 (élément constitutif A) témoigne de la phase initiale pendant la période de la guerre civile, et constitue un prototype des développements ultérieurs. L’ancienne prison S-21, aujourd’hui musée du Génocide de Tuol Sleng (élément constitutif B) située au centre de Phnom Penh représente le système génocidaire à son apogée, et son site d’exécution associé, aujourd’hui Centre génocidaire de Choeung Ek (component part C) révèle la phase finale d’élimination. Ces trois sites représentent l’étendue du système répressif d’emprisonnement, d’interrogatoire, de torture et d’exécution.
Après la défaite du régime khmer rouge, les Sites mémoriels du Cambodge devinrent des lieux de mémoire pour honorer les victimes. En tant qu’espace de réflexion et lieu éducatif, le bien en série encourage la coexistence pacifique entre les peuples et incite à ne jamais répéter de telles atrocités. Le bien offre un exemple du processus continu visant à concilier les objectifs conjoints de justice et de réconciliation nationale.
Critère (vi) : Les Sites mémoriels du Cambodge, connus dans le monde entier comme les « champs de la mort », témoignent des événements liés au système répressif des Khmers rouges, caractérisés par l’emprisonnement, les interrogatoires, la torture et les exécutions. L’ampleur et l’impact de ces événements, ainsi que leurs répercussions sur le peuple cambodgien, sont d’une importance universelle exceptionnelle. Les trois éléments constitutifs étaient tous gérés directement par un homme (Kaing Guek Eav, connu sous le nom de Douch), responsable devant les hauts dirigeants khmers rouges. Tous les éléments constitutifs présentent des liens matériels et immatériels avec ces événements au travers de leurs attributs matériels, des preuves documentaires et des récits des témoins.
Intégrité
Le bien en série comprend tous les attributs nécessaires pour exprimer la valeur universelle exceptionnelle et soutenir le processus continu de commémoration. Les limites des éléments constitutifs sont satisfaisantes mais sont tracées de manière étroite, ce qui pourrait nécessiter des modifications ultérieures à la lumière de nouvelles découvertes. Les éléments constitutifs présentent un état de conservation satisfaisant bien qu’ils soient vulnérables face aux processus naturels, aux pressions dues aux visiteurs et au développement urbain.
Authenticité
Le bien en série est associé à des preuves matérielles, des sources d’information orales et écrites qui permettent de comprendre le système sécuritaire khmer rouge. Les attributs en surface et enfouis des éléments constitutifs, ainsi que les collections et archives associées démontrent le haut niveau d’authenticité du bien par rapport à sa valeur universelle exceptionnelle. Ces sources d’information sont relativement plus abondantes pour l’ancienne prison S-21 et les sites d’exécution (éléments constitutifs B et C) que pour l’ancienne prison M-13 (élément constitutif A). Les preuves matérielles des attributs physiques ont été bien documentées à l’aide de plans, de photographies, de fouilles archéologiques, d’exhumation de restes humains et de récits de témoins. Les archives du musée du Génocide de Tuol Sleng, incluses dans le Registre international Mémoire du Monde de l’UNESCO, constituent une ressource précieuse pour comprendre ces événements et leurs conséquences tragiques. En outre, les dossiers judiciaires des Chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens (ECCC) soutiennent l’authenticité de ces sites.
Éléments requis en matière de protection et de gestion
Les trois éléments constitutifs sont tous la propriété du Gouvernement royal du Cambodge : deux d’entre eux appartiennent au ministère de la Culture et des Beaux-Arts (A et B) et le troisième à la municipalité de Phnom Penh (C). La municipalité de Phnom Penh a passé un contrat avec la société JC Royal Company pour assurer l’exploitation quotidienne du Centre génocidaire de Choeung Ek (C) en tant que destination touristique jusqu’en 2035.
Le bien est protégé par plusieurs décrets royaux, lois et réglementations. La protection est mise en œuvre au moyen de plans directeurs provinciaux et municipaux qui doivent être élaborés et finalisés de toute urgence.
Un mécanisme de gestion coordonnée du bien a été établi par décret royal via un Comité interministériel chargé de la mise en œuvre des stratégies de protection et de gestion visant les trois éléments constitutifs. Le directeur du musée du Génocide de Tuol Sleng est chargé de superviser la gestion, la conservation, l’interprétation et d’autres questions relatives au bien.
Le plan de gestion global pour la culture couvre la conservation de tous les attributs, la gestion des visiteurs et du bien, l’interprétation, la protection et le traitement approprié des restes humains dans chacun des éléments constitutifs. Il traite aussi des exigences de conservation spécifiques à chacun des sites et de la réglementation de leurs zones tampons respectives. Nombre des actions clés seront facilitées par le financement accordé par l’Agence coréenne de coopération internationale et l’UNESCO (KOICA/UNESCO) pour la période 2024-2028.
Les trois éléments constitutifs connaissent des niveaux et types de fréquentation différents. Deux d’entre eux (B et C) sont des destinations touristiques très fréquentées et des sites de mémoire importants visités par les Cambodgiens. Actuellement, l’élément constitutif A n’est pas accessible aux visiteurs et les activités commémoratives ont commencé récemment. Cet élément constitutif exige une planification stratégique détaillée, accompagnée d’évaluations d’impact sur le patrimoine rigoureuses. Un plan directeur pour ce site sera préparé.
Les survivants du régime khmer rouge encore vivants sont peu nombreux, mais les familles des victimes sont impliquées dans les activités de commémoration et d’éducation dans chacun des éléments constitutifs. Le musée du Génocide de Tuol Sleng propose un programme éducatif à destination des étudiants cambodgiens. D’autres possibilités d’implication de la population sont présentées dans le système de gestion.
© UNESCO – Le Centre du Patrimoine mondial. Tous droits réservés.
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