Cathédrale et les églises d'Etchmiadzine et le site archéologique de Zvarnotz
Sommaire7 sections
- 01Ce que découvre le visiteur à l’arrivée
- 02La plus ancienne cathédrale du monde chrétien arménien
- 03Trois autres églises, dans un rayon de deux kilomètres
- 04Zvartnots, la cathédrale ronde disparue
- 05Ce qui menace le site aujourd’hui
- 06Visiter Etchmiadzine et Zvartnots
- 07Une occupation continue depuis l’âge du bronze
À Etchmiadzine, une cathédrale à coupole en pierre ocre précède deux petites basiliques, puis les colonnes en ruine de Zvartnots.
Ce que découvre le visiteur à l’arrivée
L’ensemble se visite en un peu plus d’une heure, à un quart d’heure de route du centre d’Erevan. Le Saint-Siège d’Etchmiadzine occupe un vaste enclos : la cathédrale mère au centre, l’église Sainte-Gaïané un peu à l’écart, puis, à quelques minutes en voiture, l’église Sainte-Hripsimé et la petite chapelle Saint-Chogakat. Le site de Zvartnots, séparé de plusieurs kilomètres, est tout différent : un champ de colonnes tronquées et de bases circulaires, posé à côté de l’aéroport international qui porte aujourd’hui son nom.
La plus ancienne cathédrale du monde chrétien arménien
La cathédrale d’Etchmiadzine a été fondée entre 301 et 303 après Jésus-Christ par le roi Tiridate III et Grégoire l’Illuminateur, peu après l’adoption du christianisme comme religion d’État. Son plan en croix à quatre absides, porté par quatre piliers centraux, compte parmi les premiers exemples d’église à coupole centrale. L’édifice, détruit puis reconstruit en 484, doit surtout son aspect actuel au dix-septième siècle : la coupole date de 1627, le clocher à deux étages de 1658, le lanternon de 1683.
Les fresques intérieures ont été peintes par plusieurs générations d’une même famille, les Hovnatanyan, entre le début du dix-huitième siècle et le dix-neuvième siècle. La cathédrale conserve trois reliques : un fragment attribué à la lance de la Passion, la main reliquaire de saint Grégoire, et un morceau de bois que la tradition rattache à l’arche de Noé. Ces objets ne se voient pas depuis la nef principale ; ils sont montrés lors de cérémonies précises, et un visiteur de passage un jour ordinaire ne les apercevra pas.
Trois autres églises, dans un rayon de deux kilomètres
Sainte-Gaïané, consacrée en 630, est une basilique à trois nefs surmontée d’une coupole, souvent citée comme l’un des meilleurs exemples arméniens de ce type. Son narthex, ajouté en 1683, servait aussi de sépulture aux catholicos. Sainte-Hripsimé, plus ancienne encore (618), repose sur quatre absides séparées par des niches ; des fouilles menées dans les années 1970 ont mis au jour, tout près, des sépultures antérieures au christianisme. Saint-Chogakat, construite en 1694, remplace une chapelle du quatrième siècle sur laquelle, dit la tradition, serait tombé un rayon de lumière. Une cinquième église, Sainte-Mariam-Astvatsatsin, plus tardive (1767), complète l’ensemble : une basilique à trois nefs, plus modeste, bâtie sous le catholicos Simeon Yerevantsi.
Zvartnots, la cathédrale ronde disparue
L’église de Zvartnots a été bâtie entre 642 et 662 sur l’initiative du catholicos Nersès III, dit « le Bâtisseur ». Son plan, un tétraconque inscrit dans une structure circulaire à trois niveaux, était rare pour l’époque. Elle s’est effondrée au dixième siècle, vraisemblablement lors d’un séisme, et il n’en reste que les fondations, quelques colonnes redressées et un jeu de bas-reliefs représentant des scènes religieuses et profanes. Un grand palais catholicossal se dressait à l’origine à côté de l’église ; il a disparu dans le même effondrement, et seules ses fondations permettent aujourd’hui d’en deviner le plan.
Ce qui menace le site aujourd’hui
La région reste sismiquement active, et les rapports de suivi citent aussi la pollution et la fréquentation d’une route touristique proche comme facteurs de risque pour l’intégrité du bien. En 2000, le plomb qui recouvrait la coupole de la cathédrale a été retiré et remplacé par des dalles de pierre : un chantier révélateur de l’entretien continu que demande un monument en activité depuis plus de mille sept cents ans.
La protection légale s’appuie sur les lois arméniennes relatives aux monuments historiques et culturels, complétées par des dispositions des codes civil, administratif, foncier et pénal. Le site archéologique de Zvartnots appartient à l’État, tandis que les autres édifices restent la propriété de l’Église apostolique arménienne. Les deux parties siègent ensemble dans des conseils méthodologiques et architecturaux chargés d’arbitrer les travaux de conservation, et le budget d’entretien mêle allocations publiques, revenus des activités du Saint-Siège et dons privés.
Visiter Etchmiadzine et Zvartnots
Le Saint-Siège d’Etchmiadzine se visite librement dans la journée, contre un droit d’entrée modeste ; les liturgies du dimanche matin y attirent des fidèles venus de toute l’Arménie. Zvartnots se trouve entre Erevan et l’aéroport : une partie du terrain d’origine est aujourd’hui occupée par les pistes, mais les vestiges principaux, avec un petit musée sur site, restent accessibles à pied depuis le parking. Le contraste entre les deux étapes fait tout l’intérêt de la visite : un lieu de culte toujours vivant d’un côté, un plan au sol qu’il faut reconstituer par l’imagination de l’autre.
Une occupation continue depuis l’âge du bronze
Etchmiadzine n’a pas commencé avec le christianisme. Des sites archéologiques de l’âge de pierre, de bronze et du fer ont été repérés dans la ville et ses environs, et les plus anciennes mentions écrites du lieu remontent au royaume d’Urartu, sous le roi Rusa II, entre 685 et 645 avant Jésus-Christ, qui désignait alors le peuplement sous le nom de Kuarlini. La ville a ensuite porté plusieurs noms, Artimed puis Vardgesavan puis Vagharshapat, avant qu’Etchmiadzine ne s’impose après 301. Cette continuité, rare sur un temps aussi long, fait partie de ce que le classement UNESCO cherche à protéger autant que les bâtiments eux-mêmes.
Le poète russe Ossip Mandelstam, en voyage en Arménie, avait vu dans les ruines de Zvartnots la trace d’un cadran solaire, la preuve qu’un peuple avait autrefois vécu à l’heure du soleil plutôt qu’à celle des horaires officiels. Il suffit de marcher entre les bases de colonnes pour comprendre ce qu’il voulait dire.
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