Habitations majeures de l’architecte Victor Horta (Bruxelles)

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Les quatre habitations majeures – l’Hôtel Tassel, l’Hôtel Solvay, l’Hôtel van Eetvelde et la maison et l’atelier de Horta – situées à Bruxelles et conçues par l’architecte Victor Horta, l’un des initiateurs de l’Art nouveau, font partie des œuvres d’architecture novatrices les plus remarquables de la fin du XIXe siècle. La révolution stylistique qu’illustrent ces œuvres se caractérise par le plan ouvert, la diffusion de la lumière et la brillante intégration des lignes courbes de la décoration à la structure du bâtiment.

Valeur universelle exceptionnelle des habitations majeures de l’architecte Victor Horta

Brève synthèse

Les Habitations majeures de l’architecte Victor Horta – l’hôtel Tassel (1893), l’hôtel Solvay (1894), l’hôtel van Eetvelde (1895) et la maison et atelier de Victor Horta –, situées à Bruxelles, sont des exemples exceptionnels de l’Art nouveau. Ces quatre habitations, qui attestent de l’immense talent de cet architecte belge, atteignent un sens de l’unité extraordinaire grâce à la conception minutieuse du moindre détail du bâtiment, depuis la poignée de porte ou la sonnette, jusqu’à la moindre pièce de mobilier.

L’architecture Art nouveau, dont Horta fut l’instigateur et le chef de file, annonce le mouvement moderne. La révolution stylistique portée par ses œuvres se caractérise principalement par l’introduction du plan libre, la diffusion et la transformation de la lumière au travers de l’ensemble de la construction, la création d’une décoration qui décline avec brio l’énergie ondoyante des lignes courbes, intimement rattachée à la structure de l’édifice, l’utilisation de nouveaux matériaux (acier et verre), et l’introduction d’installations techniques modernes. Par l’utilisation rationnelle de structures métalliques, souvent laissées apparentes ou subtilement dissimulées, Victor Horta arrive à concevoir des espaces de vie flexibles, généreusement éclairés, en connivence étroite avec la personnalité des habitants.

Le principe de la double maison réunie par un espace de circulation sous verrière est ainsi adopté à l’hôtel Tassel et à l’hôtel Van Eetvelde. Cet espace, qui peut abriter également un jardin d’hiver, trouve un aboutissement féerique dans l’hôtel Solvay, l’œuvre la plus ambitieuse et la plus spectaculaire de Horta qui nous soit parvenue de la période Art nouveau. La cage d’escalier de sa maison-atelier reprend ce type d’aménagement d’une manière particulièrement élégante. Les décors intérieurs bénéficient d’une inventivité confondante, les motifs créés se développant souplement du sol en mosaïque aux murs peints, en passant par les ferronneries et le mobilier personnalisé.

Ces quatre habitations renouvellent la tradition des maisons et hôtels bourgeois du XIXe siècle, combinant la fonction d’habitation et de représentation, qui nécessite une organisation subtile des espaces et des circulations différenciées. Revisitée par le génie créateur de Victor Horta, chacune d’elle reflète la personnalité de son commanditaire et forme un ensemble cohérent qui illustre la volonté de traiter l’architecture et la décoration comme un tout.

Critère (i) : Les Habitations majeures de l’architecte Victor Horta à Bruxelles sont des œuvres du génie créateur représentant l’expression la plus aboutie de l’influence du style Art nouveau dans l’art et l’architecture.

Critère (ii) : L’apparition de l’Art nouveau à la fin du XIXe siècle, qui marqua une étape décisive dans l’évolution de l’architecture en Occident, annonce les changements futurs. Les habitations de Victor Horta à Bruxelles sont le témoignage exceptionnel de cette approche radicalement nouvelle.

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Critère (iv) : Les Habitations majeures de l’architecte Victor Horta à Bruxelles sont des exemples exceptionnels de l’architecture Art nouveau, illustrant brillamment la transition du XIXe au XXe siècle en matière d’art, de pensée et de société.

Intégrité

Parmi les immeubles Art nouveau réalisés par Victor Horta qui ont été préservés, cet ensemble de quatre habitations se démarque tant par sa qualité que son bon état de conservation. Au travers de leur circulation, de leur agencement, de leur éclairage et de leur décor, elles possèdent chacune l’ensemble des attributs stylistiques et techniques qui permettent d’apprécier pleinement les différentes facettes du génie créateur de leur architecte, pionnier de l’Art nouveau qui révolutionna l’art de l’habitat au tournant du XXe siècle.

Ces immeubles sont protégés comme monuments, ce qui garantit le maintien de leurs caractéristiques. Ils présentent toutes les caractéristiques nécessaires à l’expression de leur valeur universelle exceptionnelle et de leur rôle dans l’histoire de l’architecture occidentale. En effet, ils ont connu peu de modifications au cours du temps, et de soigneuses campagnes de restaurations, bien documentées, ont permis de retrouver l’intégrité du bien si elle avait été altérée par des aménagements antérieurs, comme ce fut le cas pour la maison-atelier de Horta et l’hôtel Tassel.

Authenticité

Outre leur exceptionnelle qualité architecturale, les quatre habitations retenues présentent un très bon état de conservation et un haut degré d’authenticité, qu’elles doivent aux soins prodigués par leurs propriétaires, convaincus de longue date de l’intérêt exceptionnel de leurs demeures. Malgré les changements apportés à l’hôtel Tassel, l’authenticité de la conception, des matériaux et de leur mise en œuvre reste élevée, tandis que l’authenticité de l’environnement reste entière. Chacun des bâtiments a vu son affectation changer, devenant bureaux (hôtels Tassel et van Eetvelde) ou musée (hôtel Solvay et maison-atelier de Horta). À l’hôtel Solvay, l’authenticité de la conception, des matériaux et de leur mise en œuvre est exceptionnellement élevée. Ce n’est que l’authenticité de l’environnement qui a changé, car l’avenue Louise, élégant boulevard résidentiel à l’époque, est devenue une importante artère de la ville où se construisent, sous la pression immobilière, de grands immeubles de bureaux. L’authenticité de l’hôtel van Eetvelde et de la maison-atelier de Horta demeure élevée. L’authenticité du quartier de l’hôtel van Eetvelde est exceptionnellement élevée du fait d’une bonne protection de l’environnement.

Les campagnes de restaurations entreprises ces 40 dernières années ont été réalisées selon les pratiques de conservation reconnues (Charte de Venise de 1964 et Charte de l’ICOMOS de 1987). Depuis l’inscription sur la Liste du Patrimoine mondial, plusieurs campagnes de restauration exemplaires et de restitution d’espace ont été menées à la maison-atelier de Horta, visant à retrouver l’ensemble des dispositions originelles de l’immeuble.

Éléments requis en matière de protection et de gestion

L’ensemble des immeubles est classé comme monuments. Les interventions sur ces biens doivent être rapportées par écrit à la Direction des Monuments et des Sites préalablement à leur exécution et, sauf exception, faire l’objet d’une procédure spécifique suivant les procédures fixées par le Code bruxellois de l’aménagement du territoire (COBAT). Dans le cadre de cette procédure, la Commission royale des Monuments et des Sites émet un avis contraignant sur le projet. L’élaboration du dossier de permis d’urbanisme et le chantier sont suivis par la Direction des Monuments et des Sites, qui gère l’octroi des subventions régionales destinées à couvrir une partie des frais de restauration et d’entretien des biens pouvant atteindre 80% du montant des travaux.

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Le Gouvernement de la Région de Bruxelles Capitale a apporté une contribution financière importante et son soutien scientifique et administratif aux campagnes de restauration et à l’entretien de la Maison et de l’atelier de Victor Horta ainsi qu’à l’aménagement d’un centre d’accueil des visiteurs.

Plusieurs études et recherches concernant des bâtiments réalisés par Horta et effectuées dans le cadre de campagnes de restauration ou indépendamment de celles-ci, permettent d’appréhender de manière globale l’œuvre de Horta et les techniques mises en œuvre.

Le mobilier et les installations intégrés de l’hôtel Solvay sont classés, à l’exception du mobilier non fixé et des œuvres d’art, qui sont d’origine. Afin de préserver in situ ce patrimoine mobilier exceptionnellement complet, un inventaire a été dressé en collaboration avec le propriétaire.

Le couvrement de l’avenue Louise, mesure qui exigerait des travaux très importants sur l’un des plus importants axes de circulation de la capitale, a déjà été envisagé de manière théorique lors d’études d’incidence, mais s’avère particulièrement difficile à réaliser dans les conditions actuelles.

Les immeubles inscrits étant des propriétés privées, des plans de gestion n’ont pas encore été mis en place. Pour le Musée Horta, qui est le seul immeuble largement ouvert au public, un plan directeur sert à guider les interventions et restaurations projetées. Un projet d’aménagement pour un centre de visiteurs dans la maison voisine est en cours de réalisation.

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L’hôtel Tassel est l’une des premières constructions de l’architecte (son deuxième chantier résidentiel, pour être précis) et la première synthèse mondiale de l’Art nouveau en architecture. Elle reste une œuvre phare car elle était la première à entièrement casser l’agencement classique des pièces dans les demeures bruxelloises. Dans cet agencement, la porte d’entrée se trouve toujours au côté de la façade et se prolonge à l’intérieur par un long couloir latéral. Celui-ci permet alors d’entrer dans les trois pièces qui se suivent en enfilade : le salon côté rue, la salle à manger au milieu et la véranda côté jardin. En conséquence, la salle à manger était souvent très sombre. La cage d’escalier se situe généralement dans le couloir. Victor Horta a mis la porte d’entrée en plein milieu de la façade, a donc logiquement placé le couloir sur l’axe central de la maison et il a sacrifié le centre de la maison pour y installer un puits de lumière.

L’Hôtel van Eetvelde est situé aux numéros 2, 4 et 6 de l’avenue Palmerston à Bruxelles, dans le quartier des squares. L’audacieuse façade avec sa structure métallique apparente (située au no 4) remonte à 1895. L’architecte s’y révèle particulièrement novateur, tout comme pour les espaces intérieurs organisés autour d’une verrière baignant d’une douce clarté les espaces de réception au raffinement extrême. Des vitraux reprenant des formes végétales viennent (au droit des colonnes) prolonger le mouvement des colonnes métalliques supportant la verrière, colonnes qui pourraient être apparentées à des troncs desquels sortiraient le feuillage des vitraux. À l’origine, le sol du hall situé sous cette verrière comportait même des dalles vitrées améliorant l’éclairage des caves. À l’intérieur de l’édifice, Victor Horta a créé des espaces modulables par le biais de cloisons coulissantes. Le décor de la façade est très sobre, même si les motifs en mosaïque se compliquent vers le haut, comme pour annoncer celui de la balustrade du balcon supérieur. Les linteaux droits des portes-fenêtres du dernier étage supportent directement la corniche, rythmée par de nombreuses consoles. Horta utilise une structure métallique imposante qu’il déploie soit pour supporter les étages en léger ressaut (les consoles), soit pour encadrer les fenêtres par des montants verticaux et des linteaux légèrement arqués. La structure porteuse lui permet de largement ouvrir dans cette façade, elle, non porteuse. Il affiche l’utilisation du fer, matériau en plein essor dans la construction de bâtiment durant la fin du XIXe siècle. Une poutre est laissée apparente au rez-de-chaussée. Il fait preuve d’avant-gardisme puisque ce genre de structure porteuse est utilisé pour la première fois dans le cadre d’une maison privée.

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L’Hôtel Solvay est un hôtel de maître bruxellois de style Art nouveau conçu par l’architecte belge Victor Horta entre 1895 et 1903 pour Armand Solvay. Transformé en musée, il est ouvert au public deux fois par semaine (le jeudi et le samedi) depuis le 23 janvier 2021. La construction de la maison fut confiée à Victor Horta par Armand Solvay, fils d’Ernest Solvay. Le permis fut délivré en 1895, le gros œuvre fut terminé en 1898 et les aménagements intérieurs et l’ameublement se poursuivirent jusqu’en 1903. Le bâtiment est l’une des plus remarquables créations qu’Horta ait élaborée lors d’une de ses périodes les plus novatrices. Victor Horta disposait de moyens financiers suffisants et reçut carte blanche de son maître d’ouvrage.

L’hôtel, abîmé par le temps et la guerre, est acheté en 1958 par Louis Wittamer qui lui redonne son lustre d’antan.

La maison de Victor Horta (devenue aujourd’hui le musée Horta) est un édifice Art nouveau situé à Saint-Gilles, en région bruxelloise, en Belgique. L’édifice est constitué de l’habitation personnelle de l’architecte ainsi que de son atelier. Les deux immeubles qui composent cette maison furent bâtis entre 1898 et 1901. Bien qu’ils fussent conçus ensemble et communiquent par l’intérieur, ils ont chacun leur individualité propre, ceci afin d’affirmer la distinction entre sphère privée et atelier professionnel. La présence de ce dernier était notamment justifiée par la complexité de certains éléments décoratifs conçus par Horta, qui exigeaient la réalisation de moulages ou autres ébauches afin de faciliter la réalisation ultérieure de ces pièces par les artisans concernés, auxquels de simples plans n’auraient pas toujours suffi.

L’habitation privée comprend deux escaliers : l’escalier d’honneur destiné aux propriétaires et invités, et un escalier de service.

Le plus remarquable est la structure interne de l’habitation privée : elle n’est pas réellement découpée en étages dans la mesure où l’ascension se fait progressivement, par demi, tiers ou quarts de niveaux. Combiné à la quasi-absence de murs de séparation au bel étage, cette organisation ouvre des perspectives variées autres qu’horizontales, qui contribuent à donner l’impression d’une maison bien plus vaste qu’elle ne l’est réellement. En outre, comme souvent chez Horta, l’escalier n’est pas enfermé dans une cage, mais constitue réellement la colonne vertébrale de la maison, en partant même en plein salon.

La lumière est apportée non seulement par les façades avant et arrière, mais aussi par une remarquable verrière qui surmonte l’escalier, et éclaire ainsi le centre de la maison bien mieux que dans les classiques maisons de l’époque, à trois pièces en enfilade, dont la pièce centrale était souvent relativement obscure.

Des mosaïques du sol jusqu’aux poignées de portes, le soucis du détail montre un fort raffinement.

Mis à jour le 22 avril 2022 par Dico Voyage