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Massif Forestier d’Odzala-Kokoua

Brève synthèse

Le Massif forestier d’Odzala-Kokoua (MFOK) est la plus vaste aire protégée de la zone de transition entre la région atlantique ou basse-guinéenne et la région congolaise (1 179 376 ha) avec cependant une prépondérance d’affinités basse-guinéennes. Il est niché au cœur d’un vaste écosystème de forêts de 4,7 millions d’hectares. Le bien est hautement représentatif pour le processus de recolonisation de la forêt sur la savane, avec notamment d’énormes superficies de forêts à Marantaceae très diversifiées et une prépondérance d’affinités basse-guinéennes. Les deux tiers de ses habitats représentent en effet des stades très variés et d’âges très différents de cette recolonisation. De plus, il abrite au niveau de l’escarpement d’Etokou des forêts saxicoles et des forêts de brouillard, inconnues ailleurs au Nord-Congo. Sa faune est quasi complète et son écosystème forestier est parfaitement fonctionnel.

Critère (ix) : L’écosystème forestier se distingue par sa grande diversité de formations d’âges très différents sur une superficie énorme. Le bien représente tous les stades de la succession savane-forêt. Les forêts à Marantaceae, couvrent environ 60% de la superficie du bien. Elles sont très diversifiées représentent tantôt un stade de la succession progressive, comme dans d’autres sites d’Afrique centrale occidentale, tantôt un stade de régression de la forêt mature suite à son invasion par une Marantaceae très agressive, Haumania liebrechtsiana. La dynamique forestière dans le MFOK est donc le siège de processus écologiques très complexes et encore mal compris. La présence de plus de 130 clairières marécageuses entretenues par la faune n’est pas exceptionnelle en soi mais contribue beaucoup à la richesse de l’ensemble. Ces clairières sont en effet le siège d’échanges de matières nutritives et déterminent en grande partie les mouvements des éléphants qui jouent un rôle essentiel dans la dynamique forestière. Par ailleurs, cet écosystème forestier, aux affinités basse-guinéennes prépondérantes, est très représentatif pour les forêts de l’intervalle de la Sangha et, plus particulièrement, pour le front de reconquête des forêts basse-guinéennes sur les savanes. Cet écosystème forestier quasi intact contribue à préserver l’intégrité des eaux du bassin de la Mambili et donc la vaste interface d’échanges entre les milieux terrestres et les milieux aquatiques.

Critère (x) : L’écosystème forestier intact du MFOK abrite des formations forestières encore mal connues, notamment de vieilles forêts matures, des forêts saxicoles et des forêts de brouillard. Ces dernières sont uniques au Nord-Congo et dans l’intervalle de la Sangha et abritent au moins 32 espèces végétales inconnues ailleurs dans la région dont une espèce endémique. En tout, 1 150 espèces végétales ont été répertoriées dont quatre sont endémiques et 15 sont menacées à divers degrés.

Sur le plan zoologique, cet écosystème compte au moins 120 espèces de mammifères. Parmi celles-ci, figurent 20 espèces menacées et 17 espèces de primates, dont 9 espèces endémiques ou subendémiques de Basse-Guinée. Les 6 246 éléphants de forêt, 11 481 gorilles et 2 240 chimpanzés sont des populations très importantes pour la conservation de ces espèces menacées. La population d’hyènes tachetées est la seule de cette espèce vivant en forêt et dans la Cuvette du Congo. L’avifaune compte 463 espèces, dont 64 % des 278 espèces forestières inféodées à la région guinéo-congolaise ou 88 % des espèces guinéo-congolaises répertoriées au Congo, deux des six espèces endémiques de Basse-Guinée et quatre espèces menacées. L’entomofaune compte au moins 647 espèces de papillons diurnes dont une espèce endémique locale, de nombreuses espèces subendémiques de Basse-Guinée et plusieurs espèces qui semblent inféodées aux forêts à Marantaceae de la région. Enfin, le MFOK abrite aussi d’importantes populations menacées de crocodiles à long museau, de crocodiles nains et deux espèces endémiques de poissons.

Intégrité

L’écosystème forestier du MFOK couvre 1 179 376 ha, et 5 386 236 ha avec sa zone tampon. Le MFOK couvre 1 179 376 ha et est à quasi 100 % intact. Sa zone tampon de 4 206 860 ha comprend la zone d’écodéveloppement du Parc National d’Odzala-Kokoua (PNOK) (187 843 ha), les concessions forestières situées dans la périphérie immédiate du parc national d’Odzala-Kokoua (3 640 514 ha), le sanctuaire des gorilles de Lossi (35 000 ha) et une zone faisant partie de l’Espace TRIDOM Interzone Congo (ETIC) de 343 503 ha. Les forêts de cette zone tampon sont toutes constituées d’exploitations forestières gérées durablement ou certifiées FSC. Ces aires supportent une population humaine d’environ 40 000 habitants.

Des exploitations minières en périphérie du MFOK ont fait usage de mercure et pollué la rivière Lékoli. Une extrême vigilance s’impose donc dans ce domaine. Cependant, par sa taille considérable, son relief peu accentué mais bien présent, son réseau hydrographique dense, ses gradients phytogéographique et écologique et son énorme zone tampon, cet écosystème est capable de résister aux divers développements projetés dans le Nord-Congo, aux pressions des populations humaines et aux changements attendus du climat. Cependant, il importe d’éviter les pressions liées au développement et aux exploitations à grande échelle qui pourraient affecter l’intégrité exceptionnelle du bien.

Éléments requis en matière de protection et de gestion

En dehors des activités indispensables à la gestion, la recherche et le tourisme, aucune activité extractive n’est autorisée. De plus, une surveillance doit être organisée pour éviter toute tentative d’exploitation minière illicite et pour obliger les sociétés minières à effectuer les études d’impact prévue par les lois, tout en veillant à ce qu’aucun projet minier soit autorisé au sein du bien. La principale menace immédiate est constituée par le braconnage. La lutte anti-braconnage (LAB) est donc une nécessité incontournable, y compris la lutte contre la chasse pour l’ivoire. Parallèlement à la lutte anti-braconnage, est organisé un suivi régulier des actions menées, des résultats obtenus et de l’état du site. Des estimations des populations d’éléphants et de grands singes ainsi que des activités humaines illicites ont lieu tous les trois ou cinq ans.

Toutes ces activités sont prévues légalement, principalement par décret portant création du PNOK, la loi 37-2008 du 28 novembre 2008 sur la faune et des aires protégées et la loi portant code forestier. Elles tiennent compte des populations locales et populations autochtones périphériques. C’est d’ailleurs à leur intention qu’a été désignée la “zone de développements communautaires”, agencée et gérée en fonction des exercices de cartographie participative. Garantir les droits et les moyens de subsistance décents des populations locales et des populations autochtones est un élément incontournable et requis en matière de protection et de gestion du bien. La gestion du bien doit être basée sur le principe de consentement libre, préalable et éclairé des peuples autochtones, conformément aux Orientations.

Enfin, le MFOK est entouré d’une zone tampon de 4 206 860 ha composée essentiellement de concessions forestières, exploitées de manière durable ou certifiées, avec lesquelles des accords sont conclus ou doit être conclu en vue de l’organisation de la lutte anti-braconnage. Cette vaste zone tampon de concessions forestières étend les habitats forestiers accessibles aux espèces à vaste domaine vital, forme une sorte de bouclier qui isole le MFOK des pressions extérieures diverses et constitue une garantie contre l’affectation de ces forêts à tout autre usage.

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