Aphrodisias
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Aphrodisias est inscrite au patrimoine mondial depuis 2017 pour sa sculpture sur marbre et son urbanisme antique intact.
Une inscription récente, en 2017
Le site figure sur la liste depuis 2017 seulement, tard par rapport à d’autres cités antiques d’Anatolie. L’UNESCO ne retient pas Aphrodisias pour un monument isolé mais pour l’ensemble qu’elle forme avec ses carrières : la ville et les gisements de marbre qui l’ont rendue riche sont protégés comme un seul bien, en deux parties distinctes séparées de quelques kilomètres.
Une cité entière vouée à Aphrodite
La ville a été fondée comme cité-État au tout début du deuxième siècle avant notre ère, même si le lieu était fréquenté bien avant. Son plan en damier, assez régulier, s’écarte à un seul endroit : le temple d’Aphrodite ne suit pas le tracé des rues, comme si le sanctuaire avait précédé l’urbanisme. La déesse vénérée ici mêle deux figures, une ancienne divinité anatolienne de la fertilité et l’Aphrodite grecque de l’amour et de la beauté. Cette version locale a voyagé loin : on retrouve son image sculptée jusqu’en Italie et au Levant.
Le culte a duré des siècles après l’officialisation du christianisme dans l’Empire romain. Le temple n’est devenu une église qu’aux alentours de l’an 500, tard, ce qui montre combien la dévotion à Aphrodite est restée vivace localement.
Le bien n’a pas connu de changement géomorphologique notable depuis l’Antiquité, ni d’occupation humaine dense qui aurait effacé les niveaux archéologiques. C’est une des raisons pour lesquelles les fouilles y sont si productives : les couches successives n’ont presque pas été perturbées par des constructions plus récentes, contrairement à des sites urbains restés habités jusqu’à aujourd’hui.
Rome et le marché du marbre
La proximité de carrières de marbre blanc et gris de bonne qualité a fait la fortune de la ville. Aphrodisias a noué des liens étroits avec Rome, jusqu’à obtenir du Sénat un statut fiscal privilégié, et développé une école de sculpture réputée dans tout l’Empire. Ses artistes travaillaient aussi bien sur place que loin de chez eux : on retrouve des œuvres signées par des sculpteurs aphrodisiens jusqu’à la villa d’Hadrien, à Tivoli, près de Rome.
À la fin de l’Antiquité, entre le quatrième et le sixième siècle, ces mêmes ateliers taillaient encore des bustes d’empereurs, de gouverneurs et de philosophes pour des villes aussi éloignées que Sardes, Laodicée ou Constantinople. Le tissu social de la cité reflétait ce rayonnement : la ville comptait des habitants grecs, romains, cariens, païens, juifs et chrétiens, comme en témoignent près de deux mille inscriptions gravées retrouvées sur le site.
Ce qui reste debout aujourd’hui
Le Sébastéion, un ensemble cultuel dédié aux empereurs Auguste et à sa famille, mêle des influences hellénistiques, romaines et locales dans un même décor sculpté. Le théâtre conserve un « mur des archives », une collection de documents officiels romains sur le statut fiscal de la ville, gravés directement dans la pierre. Le stade, de forme allongée avec ses deux extrémités arrondies, compte parmi les mieux préservés du monde antique. Le Tétrapylon, porte monumentale menant au sanctuaire d’Aphrodite, garde encore une bonne partie de son décor sculpté d’origine.
Un site épargné par le tourisme de masse
Contrairement à d’autres cités antiques de Turquie, Aphrodisias n’a pas connu de développement touristique intensif ni de transformation récente de son environnement. Les fouilles sont menées chaque année par une équipe autorisée par l’État turc et suivies par le ministère de la Culture et du Tourisme, ce qui limite les interventions non contrôlées sur le terrain. La gestion quotidienne implique aussi la Fondation Geyre, active depuis des décennies sur le site, et un gestionnaire nommé par le ministère qui fait le lien entre l’administration centrale et les équipes locales.
L’intégration des habitants voisins dans ce système de gestion reste, d’après les rapports de suivi, un point à renforcer : la commune la plus proche profite peu, pour l’instant, des retombées économiques directes du site.
Une protection légale ancienne, encore incomplète
La cité antique est protégée par la loi turque sur la conservation du patrimoine culturel et naturel depuis 1978, les carrières depuis 1981, avec un renforcement en 2016 par décision du conseil régional de la conservation d’Aydin. Cette protection ne couvre pas encore l’ensemble de la zone tampon, ce qui reste, selon les rapports de suivi, un point à corriger en priorité. Le plan de gestion du site, approuvé en 2013 avec le soutien de la Fondation Geyre, doit être mis à jour pour refléter l’étendue exacte du bien tel qu’il a été inscrit en 2017.
La description officielle du bien, publiée par l’UNESCO, existe aussi en néerlandais sur le site unesco.nl, une version utile pour comparer les traductions d’un même inventaire patrimonial.
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