Les Ahwar du sud de l’Iraq : refuge de biodiversité et paysage relique des villes mésopotamiennes

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The Ahwar of Southern Iraq: Refuge of Biodiversity and the Relict Landscape of the Mesopotamian Cities

The Ahwar is made up of seven components: three archaeological sites and four wetland marsh areas in southern Iraq. The archaeological cities of Uruk and Ur and the Tell Eridu archaeological site form part of the remains of the Sumerian cities and settlements that developed in southern Mesopotamia between the 4th and the 3rd millennium BCE in the marshy delta of the Tigris and Euphrates rivers. The Ahwar of Southern Iraq – also known as the Iraqi Marshlands – are unique, as one of the world’s largest inland delta systems, in an extremely hot and arid environment.

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Les Ahwar du sud de l’Iraq : refuge de biodiversité et paysage relique des villes mésopotamiennes

Il s’agit d’un ensemble de sept éléments constitutifs : trois sites archéologiques et quatre zones humides marécageuses situés dans le sud de l’Iraq. Les villes archéologiques d’Uruk et d’Ur et le site archéologique du Tell Eridu font partie des vestiges de villes et d’établissements sumériens qui se développèrent en Mésopotamie méridionale entre le IVe et le IIIe millénaire av. J.-C. dans le delta marécageux du Tigre et de l’Euphrate. Les Ahwar du sud de l’Iraq – également connus sous le nom de régions marécageuses d’Iraq – sont uniques, car il s’agit de l’un des plus grands deltas intérieurs du monde, dans un milieu extrêmement chaud et aride.  

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الأهوار جنوب العراق: تعد هذه المسطحات المائية مثالاً على التنوّع البيولوجي والمناظر الخلّابة لمدن بلاد الرافدين

يضم هذا المكان ستّة مواقع هي: ثلاثة مواقع أثريّة وأربعة مناطق رطبة ومستنقعات جنوب العراق. وتعد مدينتا أوروك وأور الأثريتين بالإضافة إلى الموقع الأثري في مدينة إريدو (تل أبو شهرين) جزءاً من آثار المدن والمباني السومريّة التي أنشئت في بلاد ما بين النهرين بين الألفيتين الرابعة والثالثة قبل الميلاد على ضفاف نهري دجلة والفرات. وتعدّ أهوار جنوب العراق، مناطق فريدة من نوعها حيث فيها أكبر دلتا داخلية في العالم في بيئة حارة وجافة للغاية.

source: UNESCO/ERI
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伊拉克南部Ahwar:生态多样性避难所和美索不达米亚城市遗迹景观

位于伊拉克南部的Ahwar遗产地由七部分组成:三处考古遗址和四处湿地沼泽。Uruk和Ur的城市考古遗址和Tell Eridu考古遗址构成了美索不达米亚平原南部苏美尔文明的城市和聚居地遗迹,这一文明于公元前2000-3000年间在底格里斯河和幼发拉底河湿地三角洲地区兴盛。伊拉克南部Ahwar—也叫伊拉克沼泽十分独特,是极度炎热和干燥环境下世界上最大的内陆三角洲系统,。

source: UNESCO/ERI
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Месопотамские болота на юге Ирака: центр биоразнообразия и реликтовые ландшафты городов Месопотамии

Данный объект состоит из семи элементов: трёх археологических объектов и четырёх водно-болотных территорий на юге Ирака. Древние города Урук и Ур, а также археологический объект Тель-Эриду входят в число сохранившихся руин шумерских городов и сооружений, возведённых в Южной Месопотамии между IV и III веками до н.э. в болотистых низовьях Тигра и Евфрата. Месопотамские болота на юге Ирака, также известные как болота аль-Ахвар, уникальны тем, что они образуют одну из самых больших в мире внутренних дельт, расположенную при этом в чрезвычайно жаркой и засушливой зоне.

source: UNESCO/ERI
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Refugio de biodiversidad de los “ahwar” y paisaje arqueológico de las ciudades mesopotámicas del Iraq Meridional

Este sitio comprende tres áreas de vestigios arqueológicos y cuatro zonas de humedales pantanosos, situadas todas ellas en el sur de Iraq. El “tell” de Eridu y las ruinas de las ciudades de Uruk y Ur forman parte de los vestigios arqueológicos de asentamientos sumerios en la Baja Mesopotamia, que florecieron entre el tercer y cuarto milenios a.C. en el delta pantanoso formado por los ríos Éufrates y Tigris. Por su parte, las regiones de humedales pantanosos (“ahwar”) de esta región del Iraq Meridional son únicas en su género por deber su formación a uno de los mayores deltas interiores del mundo y por estar situadas en un medio natural extremadamente árido y cálido.

source: UNESCO/ERI
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南イラクのアフワール:生物の避難所と古代メソポタミア都市景観の残影

‘アフワールは、イラク南部の3つの考古学遺跡と4つの湿地帯からなる地域。都市遺跡ウルクとウル、およびエリドゥの遺丘は、チグリス川、ユーフラテス川の沼沢デルタ地帯において紀元前4千年紀から前3千年紀にかけ、南メソポタミアに展開したシュメール人の都市と定住地の痕跡の一部をなしている。「イラク湖沼地帯」とも呼ばれる南イラクのアフワールは、世界で最も大きな内陸デルタの一つで、極度に高温かつ乾燥した環境における、ほかに例を見ない場所である。

source: NFUAJ

De Ahwar van Zuid-Irak: schuilplaats van biodiversiteit en archeologisch landschap van Mesopotamische steden

De Ahwar bestaat uit zeven locaties: drie archeologische sites en vier waterrijke moerasgebieden in Zuid-Irak. De archeologische steden Uruk en Ur, evenals de Tell van Eridu, zijn overblijfselen van Sumerische steden en nederzettingen die zich in Zuid-Mesopotamië ontwikkelden tussen het vierde en derde millennium voor Christus. De moerasdelta van de rivieren de Tigris en de Eufraat is een van ‘s werelds grootste inlandse deltasystemen in een extreem heet en droog klimaat.

Source : unesco.nl

Valeur universelle exceptionnelle

Brève synthèse

Les Ahwar du sud de l’Iraq ont évolué au rythme de la plaine alluviale qui s’est étendue durant la phase finale du mouvement tectonique alpin ayant également donné naissance aux monts Zagros. L’aspect du bien résulte de la combinaison de plusieurs facteurs : les mouvements tectoniques, les changements climatiques, la dynamique de l’hydrologie des cours d’eau, la variation des précipitations et les modifications du niveau de la mer. La variation du niveau de la mer et l’évolution du climat ont joué un rôle majeur en influant sur la quantité et la qualité de l’eau des fleuves et de leurs affluents ayant pénétré dans les Ahwar, ce à quoi il faut ajouter l’avancée et la régression de la mer et son intrusion dans des conditions arides à semi-arides, puis humides au cours des 18 000 dernières années.

Entre 5000 et 3000 avant J.-C., la mer est parvenue à son plus haut niveau en pénétrant depuis le littoral actuel jusqu’à environ 200 km à l’intérieur des terres gagnées par les marais dans l’arrière-pays. C’est au cœur de cette plaine deltaïque, au paysage marécageux et mouvant, que les premières villes connurent un essor florissant. Uruk, Ur et Eridu, les trois composantes culturelles du bien, situées à l’origine au bord des marais d’eau douce, figuraient alors parmi les plus grands centres urbains du sud de la Mésopotamie. Elles virent les débuts de l’écriture, l’architecture monumentale sous la forme de ziggurats et de temples en brique crue, de sociétés et de technologies complexes. Un vaste corpus de textes cunéiformes et de traces archéologiques atteste de la centralité des marais dans l’économie, la vision du monde et les croyances religieuses des cultures successives de la Mésopotamie méridionale.

Le recul de la mer vers le sud amorcé en 2000 avant J.-C. entraîna un autre changement climatique caractérisé par un environnement plus aride qui contribua à l’assèchement des anciens marais, puis au déclin des grandes villes du sud de la Mésopotamie. Aujourd’hui, les ruines de brique crue d’Uruk, Ur et Eridu sont dominées par les vestiges des ziggurats restées debout dans le paysage aride, mais grandiose, de la plaine alluviale desséchée.

La régression de la mer s’est accompagnée de la formation de nouveaux marécages au sud-est. Les principaux marais des Ahwar, tels que nous les connaissons aujourd’hui, se sont formés à cette époque, il y a environ 3000 ans.

Les marais d’Hawizeh, al-Hammar Est et Ouest et le marais central des Ahwar sont essentiellement alimentés par le Tigre et l’Euphrate.

L’élément constitutif « les marais d’Hawizeh » est un système d’eau douce unique qui reçoit de grosses quantités d’eau provenant d’inondations et une quantité limitée de pluies saisonnières qui descendent des hauteurs du nord et du nord-est. C’est en même temps la seule composante naturelle du bien à n’avoir subi aucun drainage massif dans les années 1980 et 1990, ce qui a permis de sauver ses principaux éléments écologiques. Cela a contribué à en faire le premier refuge au Moyen-Orient pour de nombreuses espèces aviaires clés, originaires d’Afrique et d’Inde, qui ont depuis recolonisé les autres éléments après leur remise en eau intervenue au début des années 2000.

L’élément constitutif « les marais centraux » représente aujourd’hui le cœur écologique des Ahwar. Caractérisé par ses écosystèmes étendus, il procure un vaste habitat aux multiples populations viables de taxons d’une importance capitale pour la biodiversité et la conservation.

Les éléments constitutifs des marais d’al-Hammar Est et Ouest englobent un phénomène écologique particulier, contrairement aux autres éléments constitutifs. Ici, l’eau de mer salée pénètre jusque dans les terres affectées d’un côté par les mouvements des marées dans les régions marécageuses les plus méridionales, tandis qu’elle se déverse de l’autre côté dans le désert qui s’étend au sud-est. Cela crée des conditions écologiques très spécifiques avec des espèces de poissons de mer qui utilisent al-Hammar Est comme zone de reproduction, tandis qu’al-Hammar Ouest représente la dernière halte pour des millions d’oiseaux migrateurs avant d’entrer dans le vaste désert d’Arabie.

Critère (iii) : Les vestiges des cités mésopotamiennes d’Uruk, Ur et Eridu apportent un témoignage exceptionnel sur l’essor et le déclin ultérieur des sociétés et centres urbains du sud de la Mésopotamie depuis les périodes d’Obeïd et de Sumer jusqu’aux époques babylonienne et hellénistique. Toutes trois furent de grands centres culturels économiques, politiques et religieux qui ont vu le jour et se sont développés au cours d’une période de profond bouleversement dans l’histoire humaine. Ces trois composantes du bien illustrent la contribution des cultures de la Mésopotamie méridionale au développement des anciennes sociétés urbanisées du Proche-Orient et à l’histoire de l’humanité tout entière : la construction de structures et ouvrages publics monumentaux sous la forme de ziggurats, temples, palais, remparts et ouvrages hydrauliques ; une société de classes structurée, au tracé urbain à son image, comprenant des tombes et des palais royaux, des enceintes sacrées, des entrepôts publics, des lieux dédiés aux industries et de vastes quartiers résidentiels ; le contrôle centralisé des ressources et des excédents qui donna naissance au premier système d’écriture et aux archives administratives ; et la consommation visible de produits importés. Cette période de très grande créativité dans l’histoire de l’humanité a laissé son empreinte sur le temps et l’espace.

Critère (v) : Les vestiges des cités antiques d’Uruk, Ur et Eridu, aujourd’hui dans le désert, mais situées à l’origine près de marais d’eau douce qui ont reculé ou se sont salinisés avant de s’assécher, offrent la meilleure illustration de l’impact du paysage deltaïque instable du Tigre et de l’Euphrate sur l’essor et le déclin des grands centres urbains. Des témoignages de ce paysage relique de terres humides se retrouvent aujourd’hui dans la topographie des villes sous la forme de traces de dépressions peu profondes qui contenaient des marécages permanents ou saisonniers, des cours d’eau à sec, des lits de canaux et des tertres d’habitat qui se sont formés sur des îlots jadis cernés par l’eau des marais. Des éléments architecturaux, des vestiges archéologiques et un important corpus de textes cunéiformes documentent la manière dont le paysage de terres humides a contribué à façonner les croyances religieuses, les pratiques cultuelles et les expressions littéraires et artistiques des cultures successives du sud de la Mésopotamie.

Critère (ix) : Les marais d’Hawizeh, al-Hammar Est et Ouest et les marais centraux démontrent des processus écologiques de succession importants à l’échelon international dans l’un des deltas intérieurs les plus arides de la planète et contiennent un degré de spéciation élevé dans un écosystème relativement jeune. C’est l’un des plus grands sites d’escale et d’hivernage pour les canards sur leur voie de migration Eurasie de l’Ouest-Caspienne-Nil, ainsi qu’un site d’étape majeur pour les oiseaux de rivage sur la voie de migration Asie de l’Ouest-Afrique de l’Est. Il est d’autant plus important pour la migration des espèces de poissons et de crevettes entre le golfe Persique et les marais que la plupart des poissons présentent les caractéristiques d’espèces amphihalines (migrant entre des eaux salées et douces).

Critère (x) : Les marais d’Hawizeh, al-Hammar Est et Ouest et les marais centraux contiennent des habitats extrêmement importants et remarquables pour la conservation de la diversité biologique sur le terrain, avec des espèces endémiques, à l’aire de répartition restreinte, et de nombreuses populations d’espèces menacées.

Parmi elles figurent des espèces aviaires (p. ex. la rousserolle endémique d’Iraq et le cratérope d’Iraq, des sous-espèces, à l’aire de répartition restreinte, du grèbe castagneux, du francolin noir et de la corneille mantelée et la sarcelle marbrée vulnérable), des mammifères (p. ex. le rat-bandicoot endémique de Mésopotamie, une sous-espèce de la loutre à pelage lisse, la gerbille de Mésopotamie et la gerboise de l’Euphrate, à l’aire de répartition restreinte), ainsi que six espèces de poissons à l’aire de répartition restreinte. Le bien sert d’habitat à plusieurs reptiles, dont la tortue à carapace molle de l’Euphrate, espèce menacée qui ne se trouve qu’en de rares endroits en Iraq et en Iran, et le gecko ceramodactylus affinis Murray dont l’aire de répartition restreinte se limite aux Ahwar, à Shatt aI-Arab et aux côtes occidentales iraniennes. Les marais servent aussi d’habitat aux populations reliques de trois espèces d’oiseaux (l’anhinga d’Afrique, l’ibis sacré et le héron Goliath) qui sont à des milliers de kilomètres de leurs principales populations mondiales en Afrique.

Intégrité

Les trois ensembles archéologiques qui composent le bien offrent une image complète des processus d’urbanisation ubaïdien et sumérien, dans leur milieu d’origine jadis formé de terres marécageuses, mais aujourd’hui asséchées. Presque toutes les grandes caractéristiques archéologiques et architecturales d’Eridu, Uruk, et Ur sont contenues à l’intérieur des limites du bien, mais certaines sont dans la zone tampon et au-delà. À Ur, le port principal, situé en dehors des limites du bien, n’a pas encore fait l’objet de fouilles et une extension des limites du bien pourrait être décidée ultérieurement de manière à l’inclure.

L’utilisation de la boue comme principal matériau de construction dans le sud de la Mésopotamie crée des conditions de conservation spécifiques. Le tribut qu’a a fait payer le passage du temps aux villes abandonnées du sud de la Mésopotamie est plus lourd que dans le cas de l’architecture en pierre ou en brique cuite qui subsiste dans d’autres régions du vieux monde où les vestiges peuvent être monumentaux et visuellement impressionnants. Et pourtant, les vestiges des quatre ziggurats d’Eridu, Uruk et Ur, même érodés, dominent toujours le paysage désertique et apportent un témoignage visuel saisissant de l’antiquité et de la longévité des caractéristiques architecturales les plus emblématiques des cités mésopotamiennes.

Des couches de sédimentation ont protégé les vestiges d’Uruk, Ur et Eridu jusqu’au XXe siècle lorsque des fouilles archéologiques ont exposé à nouveau plusieurs édifices. Les vestiges d’Eridu mis au jour ont été réenfouis plus tard, à l’exception de la ziggurat. À Uruk et Ur il est arrivé à plusieurs reprises qu’un matériau incompatible ait été utilisé pour consolider ou protéger les vestiges, alors que dans d’autres cas, ils ont été laissés exposés sans aucun entretien ou ni aucune protection entre les années 1930 et 1960, de sorte que certains d’entre eux ont été affectés par une érosion essentiellement causée par la pluie et les tempêtes de poussière. Seule Ur a subi des dommages limités, mais réversibles, pendant le récent conflit.

Dans l’ensemble, l’intégrité des trois villes est vulnérable : la conservation de leur tissu exposé requiert une attention de toute urgence pour freiner une érosion et un effondrement irréversibles.

Les quatre zones humides du bien couvrant une surface de plus de 210 000 ha, plus 200 000 ha de zones tampons autour de chacun des quatre éléments constitutifs, renforcent la protection globale du bien comme celle de chacune de ses composantes. Sachant que ces éléments constitutifs sont écologiquement interdépendants, il est nécessaire d’établir un ensemble de corridors écologiques pour assurer la connectivité du bien en série.

La menace la plus sérieuse pour l’intégrité écologique du bien provient des flux d’eau extrêmement fluctuants dont le maintien à un niveau suffisant demeure aléatoire. Il importe d’assurer la garantie d’une remise en eau minimum du bien pour maintenir sa biodiversité et ses processus écologiques. De manière plus générale, il convient de mener de nouvelles études qui confirment la diversité des plantes, des vertébrés et des invertébrés dans le bien et les paysages alentours.

Les quatre composantes englobent la majorité des zones de reproduction d’espèces aviaires clés dans les différentes régions du bien. Les zones de reproduction sont des lieux de faible intervention humaine où les roselières servent à la construction de nids sur les berges des petits îlots abondants dans ces parages, qui sont entourés de vastes plans d’eau situés à l’écart des terres arides et loin de potentiels prédateurs.

De nombreuses populations de plus de 197 espèces d’oiseaux d’eau migrateurs associées à la région paléarctique s’établissent sur le bien et y passent les périodes hivernales au cours de leurs migrations Eurasie de l’Ouest-Caspienne-Nil et Eurasie-Afrique. Un nombre croissant d’oiseaux migrateurs utilise le bien, parallèlement à l’amélioration des niveaux de réadaptation. En outre, de plus en plus d’espèces globalement menacées sont actuellement documentées.

Authenticité

Pour ce qui est de l’authenticité matérielle des trois sites archéologiques urbains, les fouilles réalisées sur une série de bâtiments publics emblématiques permettent d’avoir une bonne compréhension de l’organisation spatiale des secteurs politiques, administratifs et religieux des villes. Même si le lien entre le tissu et ce qu’il transmet ne fait aucun doute, ce lien est extrêmement vulnérable par endroits, là où l’absence de conservation et d’entretien dans le passé a entraîné l’érosion irréversible du tissu bâti en brique crue et cuite et l’effondrement potentiel de certaines structures. On pourrait bientôt en arriver au point où des preuves essentielles seront érodées.

Aucun projet de restauration ou de conservation d’envergure n’a été mené depuis les années 1930, hormis la reconstruction d’une partie de l’enveloppe extérieure de la ziggurat d’Ur dans les années 1960, réalisée en brique cuite avec une quantité de ciment limitée. Cette intervention n’a pas affecté la structure originelle ni la forme du monument, mais des fissures dans le ciment provoquent des infiltrations d’eau. Une opération de conservation plus récente du site a été menée à l’aide d’un matériau aussi compatible que possible.

Dans l’ensemble, l’authenticité des trois villes est très vulnérable suite aux carences héritées en termes de protection, d’entretien et de conservation.

Éléments requis en matière de protection et de gestion

La gouvernance générale du bien est confiée au Comité national de gestion des Ahwar du sud de l’Iraq, en tant que bien du patrimoine mondial. Le Comité que dirige le Ministre des Ressources hydrauliques, inclut le Ministère de la Culture (Bureau national des Antiquités et du Patrimoine), le Ministère de la Santé (Département de l’Environnement), le Ministère du Pétrole, le Ministère de l’Agriculture et autres Ministères concernés. Le Comité coordonne toutes les décisions gouvernementales relatives au bien, y compris l’enveloppe budgétaire et les mesures de mise en œuvre du plan de gestion consolidé de 2015 élaboré pour le bien.

Uruk, Ur et Eridu sont protégées par la Loi n° 55 de 2002 sur les antiquités et le patrimoine qui prime sur toute autre loi publique et chacun de ces trois éléments est enregistré séparément au Journal officiel en tant que site archéologique avec ses propres limites et zones tampons correspondant à celles des éléments constitutifs du bien.

Le Bureau national des Antiquités et du Patrimoine irakien (SBAH) travaille en partenariat avec les missions archéologiques étrangères à la mise en œuvre progressive des modalités du plan de gestion concernant les trois ensembles archéologiques proprement dits. Les priorités vont à la formation du personnel et au renforcement des capacités, ainsi qu’aux études et à la conservation des monuments et des zones les plus instables de chaque site archéologique. Un système de suivi a, par ailleurs, été mis en place pour couvrir les trois éléments constitutifs du bien et leurs zones tampons en tenant compte de tous les facteurs qui pourraient nuire à leur intégrité et à leur authenticité. Deux équipes de gestion spécialisées ont été constituées : l’une qui surveille les travaux à Uruk, l’autre chargée d’Ur et d’Eridu. Ces équipes rendent compte aux Directions provinciales des Antiquités et du Patrimoine (DAP) ; la DAP de Dhi Qar a compétence pour Ur et Eridu, tandis qu’Uruk dépend de la juridiction de la DAP de Muthanna. Les DAP reçoivent l’assistance de la Police des Antiquités et du Patrimoine, créée en 2007 pour assurer la surveillance des sites archéologiques. La Police des Antiquités et du Patrimoine maintient une présence permanente à Uruk et Ur et effectue des patrouilles régulières sur le site d’Eridu.

Afin d’analyser les conditions de conservation très instables des trois villes, un programme d’études sera lancé pour formuler une définition de référence de l’état de conservation du bien ; des programme de conservation seront mis en place pour les trois villes d’après des études qui exposeront clairement les diverses options d’intervention à retenir en amont des travaux de conservation entamés ; et un plan directeur/cahier des charges détaillé sera produit de façon à assurer la conservation durable du bien.

Les marais d’Hawizeh, al-Hammar Est et Ouest et les marais centraux ont tous été classés en sites Ramsar et leur protection relève de la responsabilité du Ministère des Ressources hydrauliques. Chacun d’eux est doté d’un personnel de gestion dédié qui rend compte des projets en matière de gestion des ressources hydrauliques dans les provinces de Dhi Qar, Maysan et Basra. Dans ces cas également, les dispositions du plan de gestion consolidé de 2015 accordent la priorité à la formation du personnel et au renforcement des capacités dans tous les domaines pertinents pour la conservation de la valeur naturelle du bien. Le plan de gestion prévoit aussi la participation des acteurs locaux aux processus décisionnels et la capacité des communautés locales à améliorer leurs conditions de vie et à préserver leur mode de vie traditionnel. Le Ministère des Ressources hydrauliques (MRH) vient d’achever, par ailleurs, la mise au point de sa « Stratégie pour les ressources foncières et hydriques en Iraq (SWRLI) » qui court jusqu’à 2035. Cette stratégie définit la voie à suivre pour assurer une gestion intégrée des terres et de l’eau en fonction des conditions physiques, hydrologiques et climatiques existantes. Elle examine également le lien eau-alimentation-énergie en Iraq et recommande d’importants plans d’investissement en réponse aux mesures d’adaptation au changement climatique et autres impératifs de développement.

La SWRLI reconnaît les marais irakiens comme un « utilisateur d’eau » légitime, au même titre que l’agriculture, les usages domestique et industriel. C’est un grand pas en avant vers la stratégie à même de fournir le volume d’eau minimum requis pour l’environnement.

Les plans d’intervention annuels et saisonniers du réseau de distribution d’eau irakien que dirige le MRH cherchent à intégrer des flux d’eau minimum dans les régions marécageuses du sud de l’Irak parmi lesquelles figurent les quatre marais constitutifs du bien. Un volume de 5,8 milliards de mètres cubes (MMC) d’eau leur est alloué chaque année et est inclus dans les opérations du réseau de distribution d’eau. Toutefois, sachant que les flux d’eau calculés sur une base annuelle sont extrêmement variables, il est donc crucial qu’un flux d’eau minimum soit généré et maintenu à long terme.

Un exercice de modélisation complexe a été réalisé par le Centre pour la Restauration des régions marécageuses et zones humides irakiennes (CRIMW) afin de simuler l’hydrologie du sud de l’Iraq. Les simulations visent à déterminer les flux d’eau mensuels minimum nécessaires aux quatre éléments marécageux du bien pour soutenir la biodiversité et les processus écologiques. D’importants efforts soutenus doivent cependant être consentis pour mieux appréhender les régimes hydrologiques et, notamment, définir les flux d’eau minimum requis pour la préservation de la valeur naturelle. 

Les questions régionales telles que la construction de barrages, l’intensification de l’irrigation, la pollution et la sécheresse dans un climat en évolution demeurent des enjeux à prendre systématiquement en considération d’autant qu’ils augmenteront la pression exercée sur ces zones humides fragiles. En outre, des mesures de clarification et de réglementation sont à mettre en place dans les zones tampons où des activités potentielles d’extraction pétrolière pourraient constituer une sérieuse menace pour l’intégrité des Ahwar. Enfin, l’impact des activités agricoles, de la pêche et de la chasse sur les écosystèmes nécessite une réglementation appropriée. Le tourisme ne constitue pas une menace à l’heure actuelle, mais pourrait gagner de l’influence à moyen terme.

 Les délimitations des quatre éléments naturels et des zones tampons qui y sont attenantes assurent une protection contre les menaces, telles que l’exploration pétrolière et l’urbanisme. Toutefois, des efforts accrus s’imposent pour réviser les limites et veiller à ce que tous les éléments constitutifs restent hydrologiquement et, autant que possible, écologiquement connectés.

La dotation en personnel du bien demeure insuffisante, c’est pourquoi le recrutement et la gestion de ressources humaines accrues s’avèrent indispensables, en particulier l’embauche d’un gestionnaire de site, de gardes et de guides du site. Il convient de renforcer la gestion du bien de manière à tenir compte de l’usage coutumier, mais aussi de la dépendance des communautés vis-à-vis des éléments naturels du bien.

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