Église de pèlerinage de Wies
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Vendue puis vouée à la démolition au dix-neuvième siècle, l’église de Wies n’a survécu que grâce à des fermiers bavarois.
Une église sauvée de la démolition
Au début du dix-neuvième siècle, pendant la sécularisation des biens religieux en Bavière, l’église de Wies a bien failli disparaître : elle était sur le point d’être vendue puis démolie. Ce sont des fermiers de la vallée, attachés à leur lieu de pèlerinage, qui ont obtenu qu’elle soit épargnée. Sans cette intervention locale, aucun classement ultérieur n’aurait été possible : l’UNESCO l’a inscrite en 1983.
Un pèlerinage né d’une statue qui pleure
Tout part d’un épisode daté de 1738 : une statue en bois du Christ flagellé, sans grande vénération jusque-là, aurait versé des larmes devant plusieurs témoins. Une chapelle en bois est construite pour l’abriter, puis rapidement dépassée par l’afflux de pèlerins venus d’Allemagne, d’Autriche, de Bohême et même d’Italie. L’abbé de Steingaden, Hyazinth Gassner, décide alors de faire bâtir un sanctuaire à la hauteur de cette fréquentation, et choisit en 1743 l’architecte Dominikus Zimmermann et le sculpteur Anton Sturm. Zimmermann appartient à l’école de Wessobrunn, réputée dans toute la Bavière pour ses stucateurs, et il a déjà fait ses preuves ailleurs dans la région avant d’aborder ce chantier.
Zimmermann, un dernier chef-d’œuvre avant de mourir
La première pierre est posée le 31 août 1746, le chœur consacré dès 1749, l’église achevée en 1754. Zimmermann, déjà réputé dans toute la Bavière et proche de la fin de sa carrière, quitte alors la ville de Landsberg pour s’installer près de son sanctuaire ; il y meurt en 1766. Le décor de stuc, une des grandes réussites du bâtiment, est son œuvre, avec l’aide de son frère Johann Baptist Zimmermann, peintre attitré de l’électeur de Bavière depuis 1720.
L’intérieur, une leçon de lumière rococo
L’église adopte un plan ovale précédé d’un narthex semi-circulaire. À l’intérieur, la voûte surbaissée repose sur des colonnes doubles qui créent un second volume où la lumière des fenêtres circule sans obstacle apparent. Les peintures en trompe-l’œil du plafond s’ouvrent comme un ciel traversé d’anges, un effet pensé pour alléger visuellement une structure pourtant massive. La chaire, sculptée par Sturm sur un dessin de Zimmermann, et les quatre grandes figures des pères de l’Église, chacune haute de 2,90 mètres, participent du même principe : donner à l’édifice l’allure d’un vaisseau aux voiles gonflées plutôt que d’une masse de pierre posée au sol.
Zimmermann a même dessiné les bancs des fidèles, avec les mêmes motifs en forme de conque que le reste du décor, pour que rien ne rompe l’unité de l’ensemble. C’est un choix rare : la plupart des églises de cette période confient le mobilier à un artisan différent de celui qui a conçu le bâtiment.
Une restauration de six ans, puis l’orgue remis en état en 2010
Entre 1985 et 1991, l’église a fait l’objet d’une restauration importante, portant sur le décor peint et le stuc. L’orgue a connu un parcours plus mouvementé encore : construit en 1757 par Johann Georg Hörterich dans un buffet dessiné par Zimmermann, modifié en 1928, puis reconstruit en 1959 par Gerhard Schmid, il a été restauré en 2010 en respectant la tuyauterie de 1757 encore conservée et le buffet d’origine.
Visiter et écouter Wies aujourd’hui
L’église se trouve près de Steingaden, dans le district de Weilheim-Schongau, en Bavière, à l’écart des grandes villes. Elle appartient à l’État libre de Bavière et reste gérée par la Fondation Saint-Joseph de l’église de pèlerinage, en lien avec l’office des bâtiments de Weilheim pour les questions de construction. Un gestionnaire de site, basé au bureau des affaires administratives de la ville, fait le lien entre les deux parties pour les travaux courants. De mai à septembre, elle accueille aussi des concerts, dont un festival d’été et une série de concerts du soir, une manière discrète de garder vivant un lieu qui reste avant tout un sanctuaire en activité.
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