La Mathildenhöhe à Darmstadt

d'ensemble sur une tour de brique claire au sommet arrondi dans le parc d'artistes
Sommaire6 sections
  1. 01Ce que l’UNESCO a voulu reconnaître
  2. 021897, le point de départ
  3. 03Quatre expositions qui ont façonné le site
  4. 04Vingt-trois éléments à repérer
  5. 05La chapelle russe, une curiosité au milieu du Jugendstil
  6. 06Darmstadt au delà de la colline

Inscrite en 2021, la Mathildenhöhe de Darmstadt doit son classement à un ensemble d’ateliers d’artistes fondé en 1897.

Ce que l’UNESCO a voulu reconnaître

La colonie d’artistes de la Mathildenhöhe n’est pas un monument isolé mais un laboratoire grandeur nature. Le comité du patrimoine mondial l’a retenue parce qu’elle témoigne, mieux qu’aucun autre site comparable, de la naissance de l’architecture moderne en Europe : ici, des artistes ont conçu leurs propres maisons, leurs ateliers et leurs jardins comme un manifeste construit, pensé pour être vécu et visité plutôt que théorisé sur le papier. L’ensemble illustre aussi l’échange d’idées entre l’Art nouveau allemand, le Jugendstil, et les mouvements Arts and Crafts et Sécession viennoise qui circulaient alors dans toute l’Europe.

1897, le point de départ

Le 8 octobre 1897, le grand-duc de Hesse Ernst Ludwig fonde la première colonie d’artistes de Darmstadt. Il y réunit des architectes, des peintres et des sculpteurs venus d’horizons différents : Joseph Maria Olbrich, Peter Behrens, Bernhard Hoetger, Patriz Huber, Hans Christiansen, ainsi que Paul Bürck, Ludwig Habich et Rudolf Bosselt. Olbrich, chargé d’aménager la résidence du grand-duc et les villas voisines, devient la figure centrale du projet. C’est lui qui construit en 1900 l’atelier de la colonie, présenté dès mai 1901 lors d’une première exposition au nom programmatique : « un document sur l’art germanique ».

Quatre expositions qui ont façonné le site

Le site s’est agrandi par vagues, au rythme de quatre expositions internationales. Celle de 1904 célèbre la construction de trois maisons pensées comme des modèles d’habitat bourgeois moderne. Celle de 1908 présente la Tour du mariage, la Hochzeitsturm, haute de 48,5 mètres, avec laquelle Olbrich signe l’une de ses dernières œuvres avant sa mort la même année. Celle de 1914, enfin, marque à la fois l’apogée du mouvement et sa fin brutale : le déclenchement de la Première Guerre mondiale interrompt net l’aventure du Jugendstil à la Mathildenhöhe.

Vingt-trois éléments à repérer

Le bien inscrit compte vingt-trois composantes. On y trouve la Tour du mariage et le hall d’exposition de 1908, le bosquet de platanes planté dès 1833 puis complété entre 1904 et 1914, le bassin du Lys, le mémorial de Gottfried Schwab de 1905, la pergola et son jardin de 1914, le pavillon dit du Temple du Cygne, la fontaine Ernst Ludwig, ainsi que treize maisons et ateliers construits pour la colonie et pour les expositions successives. Un groupe de trois maisons bâties pour l’exposition de 1904 forme une composante supplémentaire à part entière.

La chapelle russe, une curiosité au milieu du Jugendstil

Au milieu des œuvres résolument modernes se dresse une chapelle orthodoxe. Construite en 1899 par l’architecte russe Léon Benois, elle a été commandée pour le tsar Nicolas II, marié à Alexandra, née Alix de Hesse-Darmstadt, sœur du grand-duc Ernst Ludwig. Devant la chapelle, le bassin réalisé en 1914 par Albin Müller, membre de la colonie, associe des mosaïques colorées aux dorures du bâtiment religieux. Le contraste entre cette architecture d’inspiration byzantine et les lignes épurées du Jugendstil environnant donne toute sa saveur à la visite.

Darmstadt au delà de la colline

Cette effervescence artistique n’a pas surgi de nulle part. Darmstadt s’était donné le surnom de « Wissenschaftstadt », la ville de la science, dès 1997, en écho à une longue tradition universitaire : l’école technique fondée en 1877 est devenue la Technische Universität Darmstadt, aujourd’hui voisine d’organismes de recherche comme le centre de recherche sur les ions lourds GSI, le centre européen d’opérations spatiales ESOC et le siège d’Eumetsat. Chaque année, l’Académie allemande de langue et de littérature y remet le prix Georg-Büchner, et la ville accueille les cours d’été internationaux consacrés à la musique contemporaine, fréquentés en leur temps par Karlheinz Stockhausen, Pierre Boulez et Iannis Xenakis.

Selon le recensement de 2011, Darmstadt comptait un peu plus de 149 000 habitants intra-muros, et environ 431 000 dans son agglomération élargie, quatrième ville du Land de Hesse après Francfort, Wiesbaden et Kassel. Depuis, la colline continue d’attirer chaque année des visiteurs venus voir, à ciel ouvert, ce qui ailleurs ne se lit que dans des livres d’histoire de l’architecture.

Résumer cet article avec :

Partager :