Fanjingshan
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Sur les pentes du Fanjingshan, l’altitude découpe trois forêts distinctes en moins de deux mille mètres de dénivelé.
Trois forêts en une seule montée
Grimper le Fanjingshan, c’est traverser trois bandes de végétation nettement séparées. En dessous de 1300 mètres, une forêt de feuillus toujours verts. Entre 1300 et 2200 mètres, un mélange de feuillus persistants et caducs. Au-delà, jusqu’au sommet du mont Fenghuangshan, à 2570 mètres, une forêt mixte de conifères, de feuillus et de broussailles rabougries par le vent. Cette stratification, rare à observer sur un dénivelé aussi resserré, est directement lisible en marchant : le paysage change sans qu’on ait besoin de lire une carte, presque à chaque virage du sentier.
Une île de roche dans un océan de karst
Ce qui rend Fanjingshan si particulier tient à sa géologie : c’est un massif de roches métamorphiques isolé au milieu d’un vaste paysage karstique. Cette île géologique a fonctionné comme un refuge depuis le Tertiaire, entre 65 et 2 millions d’années, pour des espèces qui ont disparu ailleurs dans la région. Le relief capte aussi les pluies de mousson : une vingtaine de rivières y prennent leur source, alimentant deux systèmes hydrologiques qui rejoignent ensuite le fleuve Yangtsé. Le bien se compose lui-même de deux écorégions distinctes, la forêt sempervirente subtropicale de Jian Nan sur la majeure partie de la surface, et la forêt de feuillus et de forêt mixte du plateau du Guizhou sur le reste, une répartition qui explique une partie du contraste de paysages observé entre le versant nord et le versant sud du massif.
Deux espèces qui n’existent nulle part ailleurs
Le sapin de Fanjingshan, une espèce d’arbre menacée, et le rhinopithèque jaune doré du Guizhou, un singe au pelage doré, ne vivent que sur cette montagne et dans aucun autre endroit du monde. La forêt de hêtres primaire qui domine une partie du massif, formée de trois espèces différentes de hêtres, compte parmi les plus vastes et les plus continues de toute la région subtropicale. Au total, le bien recense quatre espèces de vertébrés endémiques et 245 espèces d’invertébrés qui ne se rencontrent qu’ici, un niveau d’endémisme largement supérieur à ce qu’on observe ailleurs dans les montagnes voisines du Guizhou.
Une biodiversité chiffrée
Le bien abrite 3724 espèces végétales recensées, soit environ 13 % de toute la flore chinoise, dont 46 espèces localement endémiques. La richesse en bryophytes est particulièrement élevée, avec 791 espèces, et le site compte 450 espèces de vertébrés au total. Soixante-quatre espèces végétales et trente-huit espèces animales y figurent sur la liste rouge mondiale des espèces menacées, parmi lesquelles la salamandre géante de Chine, le porte-musc nain, le faisan vénéré et l’ours noir d’Asie.
Des villages dans la zone protégée
Plusieurs villages se trouvent à l’intérieur du bien et de sa zone tampon, chacun soumis à des règles locales censées limiter l’impact sur le milieu naturel. Un programme de relocalisation volontaire, accompagné de compensations, vise à réduire progressivement la population installée à demeure dans le périmètre protégé. Les rapports de suivi insistent sur le mot volontaire : toute relocalisation doit reposer sur le consentement des habitants, une juste compensation et l’accès à une formation permettant de se reconvertir.
Ce que l’inscription de 2018 protège vraiment
Le classement réunit trois zones administrées séparément : la réserve naturelle nationale de Fanjingshan, la réserve naturelle provinciale du Yinjiang Yangxi, et une petite portion de forêt nationale non commerciale. La réserve nationale est aussi reconnue comme réserve de biosphère par l’UNESCO. Depuis 2018, la gestion des aires protégées chinoises a été unifiée au niveau national, et la province du Guizhou a créé, dès 2017, un bureau spécifique chargé de coordonner la protection de l’ensemble du massif et de sa zone tampon.
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