Tradition funéraire dans la Sardaigne préhistorique, les domus de janas

Une entrée de tombe creusée dans la roche calcaire d'une colline sarde, végétation méditerranéenne
Sommaire6 sections
  1. 01Ce qu’on voit en arrivant devant une nécropole
  2. 02Des motifs gravés qui racontent une croyance
  3. 03D’une tombe familiale à un usage collectif
  4. 04Ce qui a mis ces tombes en danger
  5. 05Une candidature encore à l’étude
  6. 06Ce qui se visite concrètement aujourd’hui

En Sardaigne, les domus de janas sont des tombes préhistoriques creusées à même la roche, entre 5000 et 2000 avant notre ère environ.

Ce qu’on voit en arrivant devant une nécropole

La première image qui frappe, c’est une paroi de calcaire ou de trachyte percée de petites ouvertures rondes ou carrées, parfois alignées sur plusieurs niveaux. Chaque ouverture donne accès à une ou plusieurs chambres taillées directement dans la pierre, sans aucune construction rapportée. Le nom domus de janas, qui signifie « maisons des fées » en sarde, vient de cette allure d’habitat miniature creusé dans la falaise. Les habitants de l’île y voyaient autrefois la demeure de petits êtres surnaturels, faute de comprendre l’usage funéraire du lieu.

Passé le seuil, l’espace se referme vite. Les chambres mesurent le plus souvent quelques mètres carrés, avec un plafond bas et des parois qui imitent parfois l’architecture des maisons de l’époque : poutres sculptées en faux relief, niches, banquettes taillées dans la roche. Certaines tombes reproduisent même une fausse porte, sculptée pour marquer un passage entre le monde des vivants et celui des morts.

Des motifs gravés qui racontent une croyance

Sur les parois de plusieurs tombes, des spirales, des cornes de bœuf stylisées et des figures géométriques ont été gravées ou peintes en ocre rouge. Ces motifs reviennent d’un site à l’autre, ce qui laisse penser à un langage symbolique partagé plutôt qu’à des décors improvisés. Les cornes de bœuf, en particulier, apparaissent sur plusieurs nécropoles de l’île et sont associées par les archéologues à un culte agraire, lié à la fécondité et aux troupeaux.

Le décor n’est jamais uniforme. Certaines tombes restent nues, taillées à la va-vite, quand d’autres, comme celles de la nécropole d’Anghelu Ruju près d’Alghero, comptent parmi les ensembles funéraires les plus travaillés de toute la Méditerranée occidentale. Cette nécropole a été mise au jour en 1903, lors de travaux de chemin de fer, et elle regroupe à elle seule plusieurs dizaines de tombes.

D’une tombe familiale à un usage collectif

Les premières domus de janas, datées du Ve millénaire avant notre ère, sont de simples chambres uniques, sans doute destinées à un groupe familial restreint. Avec le temps, les tombes se sont complexifiées : plusieurs chambres reliées entre elles, des antichambres, des couloirs d’accès plus longs. Cette évolution correspond à des sociétés où les groupes s’organisent en communautés plus larges, avec des rites funéraires partagés entre plusieurs générations.

Les objets retrouvés dans ces tombes, poteries, outils en pierre polie, parures, montrent que les défunts étaient parfois inhumés avec des biens personnels. Rien ne dit qu’il s’agissait d’offrandes rituelles au sens strict : ces objets pouvaient aussi bien accompagner le mort par habitude que marquer un statut social.

Ce qui a mis ces tombes en danger

La plupart des domus de janas ont été pillées bien avant les premières fouilles scientifiques, parfois dès l’Antiquité. D’autres ont servi d’abris, de bergeries ou de réserves agricoles au fil des siècles, ce qui a effacé une partie des vestiges intérieurs. L’érosion de la roche, plus tendre par endroits, a aussi fragilisé certains décors gravés, aujourd’hui difficiles à distinguer sans un éclairage rasant.

Une candidature encore à l’étude

Les domus de janas ne figurent pas sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO : elles sont inscrites sur la liste indicative, l’étape préalable à une candidature officielle. Cette liste rassemble les biens qu’un pays envisage de proposer, sans garantie de délai ni d’issue. L’Italie a présenté ce dossier au nom de plusieurs nécropoles réparties sur toute la Sardaigne, ce qui en fait une candidature en série plutôt qu’un site unique.

Ce qui se visite concrètement aujourd’hui

Plusieurs nécropoles sont ouvertes au public, avec des degrés d’aménagement très différents. Anghelu Ruju, près d’Alghero, propose un parcours balisé parmi les tombes les plus riches en gravures. Sant’Andrea Priu, dans le nord de l’île, se distingue par une tombe convertie en église au haut Moyen Âge, avec des fresques chrétiennes peintes directement sur les parois préhistoriques. Montessu, dans le sud, rassemble une trentaine de tombes disposées en amphithéâtre naturel.

L’accès reste souvent limité par la chaleur, le manque d’ombre et des chemins caillouteux mal adaptés aux poussettes ou aux personnes à mobilité réduite. De bonnes chaussures et de l’eau suffisent pour la plupart des sites, mais certaines nécropoles, moins fréquentées, ne disposent d’aucun panneau explicatif sur place.

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