Usine Fagus à Alfeld

rapprochée de l'angle vitré sans montant de l'usine Fagus à Alfeld, façade industrielle en
Sommaire6 sections
  1. 01Un angle de verre sans aucun support visible
  2. 02Une usine construite pour un fabricant de formes à chaussures
  3. 03Dix bâtiments, un seul processus industriel
  4. 04Un jalon reconnu bien après sa construction
  5. 05Ce que l’usine annonce, sans encore l’être totalement
  6. 06Un repère pour comprendre l’architecture qui suit

À Alfeld, en Allemagne, l’usine Fagus a été la première à poser du verre à l’angle d’un bâtiment, sans montant.

Un angle de verre sans aucun support visible

Le détail qui fait la réputation de l’usine Fagus se voit sur les angles du bâtiment principal, où deux pans de verre se rejoignent sans poteau ni montant pour les séparer. C’était une prouesse en 1911 : jusque-là, un mur portait le bâtiment, donc un angle avait besoin d’un pilier. Walter Gropius et Adolf Meyer ont déplacé la structure porteuse vers l’intérieur, ce qui a libéré la façade et permis cet angle de verre continu, aujourd’hui considéré comme l’un des premiers exemples de mur rideau dans l’histoire de l’architecture.

Une usine construite pour un fabricant de formes à chaussures

L’usine appartenait à Carl Benscheidt, né en 1858, qui y faisait fabriquer des formes en bois pour chaussures, un métier d’artisanat industriel courant à l’époque en Basse-Saxe. Le nom Fagus vient du latin fagus, le hêtre, l’essence de bois utilisée pour ces formes. Benscheidt a confié la conception du site à deux jeunes architectes peu connus à l’époque, Walter Gropius et Adolf Meyer, qui reprenaient certains plans déjà dessinés par un architecte antérieur, Eduard Werner.

Dix bâtiments, un seul processus industriel

Le site compte dix bâtiments, construits ou agrandis entre 1911 et 1913, dont l’intérieur n’a été totalement achevé que dans les années 1920. Leur disposition suit l’ordre du processus de fabrication, depuis l’arrivée du bois brut jusqu’au stockage des formes terminées. Le bâtiment principal, celui aux façades vitrées de Gropius et Meyer, a été construit en 1911 puis agrandi en 1913, année où l’entrée surmontée d’une horloge a été ajoutée.

Un jalon reconnu bien après sa construction

L’usine Fagus a longtemps été considérée comme une curiosité industrielle avant d’être reconnue comme une étape clé de l’architecture moderne. Son inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO date de 2011, soit un siècle après le début du chantier. Le comité a retenu le site pour son rôle de jalon entre l’architecture industrielle du XIXe siècle et le fonctionnalisme qui allait s’imposer en Europe puis en Amérique du Nord, notamment via l’école du Bauhaus, que Gropius a fondée quelques années plus tard.

Ce que l’usine annonce, sans encore l’être totalement

Il faut se garder de voir dans l’usine Fagus un bâtiment Bauhaus avant l’heure : le Bauhaus n’existait pas encore en 1911, et Gropius n’a fondé l’école qu’en 1919, à Weimar. L’usine annonce certains principes qui deviendront centraux dans cette école, la transparence de la façade, la séparation entre structure et enveloppe, mais elle reste une commande industrielle classique dans son organisation, pensée d’abord pour la production de formes à chaussures et non comme une démonstration théorique.

Un repère pour comprendre l’architecture qui suit

Comprendre l’usine Fagus aide à repérer, dans les décennies suivantes, ce qui vient de ce premier geste : les façades vitrées de bureaux des années 1920 et 1930, les immeubles où la structure porteuse se devine à peine derrière le verre, jusqu’aux tours entièrement vitrées de l’après-guerre. Peu de bâtiments industriels du début du XXe siècle ont eu une influence aussi directe sur ce qui a suivi, alors même que l’usine elle-même reste modeste dans ses dimensions.

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