Lille et ses sites Unesco : 5 trésors à moins d'une heure

Lille et ses sites Unesco : 5 trésors à moins d'une heure
Sommaire7 sections
  1. 011. Les beffrois du Nord-Pas-de-Calais, à commencer par celui de Lille
  2. 022. Le Bassin minier du Nord-Pas-de-Calais
  3. 033. Les sites mémoriels de la Grande Guerre
  4. 044. Arras, sa citadelle et son beffroi
  5. 055. Tournai, juste de l'autre côté de la frontière
  6. 06Bonus : les géants de Douai et de Cassel, patrimoine immatériel
  7. 07Organiser son circuit depuis Lille

Quand on parle de patrimoine mondial en France, on pense au Mont-Saint-Michel, à Versailles ou aux châteaux de la Loire. Rarement au Nord. Et pourtant, depuis Lille, on peut voir en un long week-end des sites inscrits à l'Unesco au titre de cinq biens différents, sans jamais passer plus d'une heure sur la route. La ville elle-même mérite qu'on s'y attarde : visiter Lille entre deux excursions, c'est profiter de ses estaminets, de son Vieux Lille et de son sens de l'accueil. Voici cinq visites pour ceux qui pensent que le Nord n'a que des terrils et de la pluie. Ils ont raison pour les terrils, d'ailleurs : ils sont classés.

1. Les beffrois du Nord-Pas-de-Calais, à commencer par celui de Lille

On commence sans quitter la ville. Avec ses 104 mètres, le beffroi de l'hôtel de ville est le plus haut de la région et le plus haut bâtiment municipal de France. Il a été construit entre 1924 et 1932 par l'architecte Émile Dubuisson, après la destruction de l'ancien hôtel de ville pendant la Première Guerre mondiale. Brique rouge, béton sculpté façon pierre, silhouette élancée : les Lillois l'ont longtemps surnommé le gratte-ciel des Flandres.

En 2005, il est inscrit au patrimoine mondial avec 22 autres beffrois du Nord-Pas-de-Calais et de la Somme, en extension des beffrois de Belgique classés six ans plus tôt. Ces tours civiles, symboles des libertés communales face aux seigneurs et à l'Église, sont une spécificité de ces régions. Au pied du beffroi de Lille, repérez les statues de Lydéric et Phinaert, les deux géants de la légende de la fondation de la ville. La montée se fait en visite organisée, et la vue à 360 degrés porte par beau temps jusqu'aux monts de Flandre. Accès : métro ligne 2, station Mairie de Lille.

La métropole lilloise compte trois autres beffrois classés, à Armentières, Comines et Loos. Plus loin, celui de Douai, joyau gothique qui avait séduit Victor Hugo, abrite l'un des carillons les plus réputés de France. Celui de Bergues, rendu célèbre par le film Bienvenue chez les Ch'tis, veille sur une petite cité fortifiée des Flandres. Dunkerque, Calais, Béthune ou Boulogne-sur-Mer ont aussi le leur : on pourrait presque organiser un voyage entier de beffroi en beffroi.

2. Le Bassin minier du Nord-Pas-de-Calais

Inscrit en 2012 comme paysage culturel évolutif, le Bassin minier rassemble 353 éléments répartis sur près de 120 kilomètres : chevalements, cités ouvrières, églises, écoles et ces fameux terrils qui dessinent l'horizon. C'est trois siècles d'histoire du charbon, et pour beaucoup de familles du Nord une histoire très personnelle.

Trois arrêts pour le comprendre. Le Centre historique minier de Lewarde, installé sur une ancienne fosse, avec ses galeries reconstituées et ses anciens mineurs qui racontent le métier mieux que n'importe quel panneau. Le site minier d'Arenberg, à Wallers, où Claude Berri a tourné Germinal, aujourd'hui pôle culturel. Et les terrils jumeaux de Loos-en-Gohelle, parmi les plus hauts d'Europe, que l'on peut gravir pour un panorama étonnant sur la plaine. Profitez-en pour pousser jusqu'au Louvre-Lens, bâti sur un ancien carreau de fosse : le contraste entre le musée de verre et son décor minier vaut à lui seul le détour.

3. Les sites mémoriels de la Grande Guerre

En 2023, l'Unesco a inscrit 139 sites funéraires et mémoriels de la Première Guerre mondiale le long du front Ouest, entre la Belgique et la France. Plusieurs se trouvent à deux pas de Lille, et ce sont souvent les visites qui marquent le plus.

A une vingtaine de minutes au sud-ouest de Lille, Fromelles conserve deux de ces sites : le cimetière militaire de Pheasant Wood et le cimetière et mémorial australien de VC Corner. En juillet 1916, les troupes australiennes et britanniques y ont connu l'une des journées les plus meurtrières de leur histoire. Un musée de la bataille permet de comprendre ce qui s'y est joué. Plus au sud, vers Arras, le mémorial canadien de Vimy et la nécropole de Notre-Dame-de-Lorette se visitent dans la même demi-journée. Juste à côté, l'Anneau de la Mémoire grave les noms de près de 580 000 soldats morts dans la région, toutes nationalités confondues, ennemis d'hier compris. C'est un lieu d'une force rare.

4. Arras, sa citadelle et son beffroi

Arras offre un double billet Unesco. Sa citadelle, bâtie par Vauban au XVIIe siècle, fait partie des douze sites fortifiés par l'ingénieur de Louis XIV inscrits en 2008. Les Arrageois l'ont surnommée la belle inutile : elle n'a jamais eu à se défendre. Son beffroi, lui, fait partie des beffrois classés en 2005 et domine des places parmi les plus belles de France, la Grand-Place et la place des Héros, bordées de 155 façades de style baroque flamand. Montez au sommet, puis descendez dans les boves, ces carrières souterraines creusées sous la ville.

Arras se rejoint facilement en train depuis Lille. En décembre, son marché de Noël sur la Grand-Place en fait l'une des plus belles excursions d'une journée.

5. Tournai, juste de l'autre côté de la frontière

C'est l'atout que peu de visiteurs connaissent : à une demi-heure de Lille, en Belgique, Tournai compte deux sites classés. La cathédrale Notre-Dame, inscrite en 2000, se reconnaît à ses cinq clochers, une silhouette unique qui mêle roman et gothique. Juste en face, le beffroi de Tournai, le plus ancien de Belgique, appartient aux beffrois inscrits en 1999. Lille et Tournai partagent d'ailleurs une longue histoire commune, et passer la frontière pour un déjeuner est une habitude très lilloise.

Bonus : les géants de Douai et de Cassel, patrimoine immatériel

L'Unesco ne classe pas que des pierres. En 2005, les géants et dragons processionnels de Belgique et de France ont été proclamés chefs-d'œuvre du patrimoine oral et immatériel de l'humanité, avant d'être inscrits en 2008 sur la liste représentative. Côté français, deux fêtes du Nord en font partie.

À Douai, les fêtes de Gayant font défiler chaque année début juillet une famille de géants dont l'histoire remonte à 1530 : Monsieur Gayant, haut de plus de 8 mètres, Madame Gayant, dite Marie Cagenon, et leurs trois enfants, Jacquot, Fillon et Binbin. La tradition veut qu'un enfant qui embrasse Binbin, le petit dernier qui louche, soit protégé du strabisme. Le reste de l'année, la Maison des Géants permet de les approcher.

À Cassel, perchée sur son mont au cœur des Flandres, Reuze Papa et Reuze Maman mènent le carnaval du lundi de Pâques, dansés par leurs porteurs. L'occasion de profiter aussi de la vue depuis le mont Cassel et de ses estaminets.

Organiser son circuit depuis Lille

Lille fait une base idéale. La ville est à environ une heure de Paris en TGV, et le réseau régional de trains dessert Arras, Douai ou Lens. Pour Fromelles, Lewarde ou les terrils, une voiture reste plus pratique. Comptez deux à trois jours pour tout voir sans courir :

  • Jour 1 : Lille et son beffroi, puis une soirée dans un estaminet du Vieux Lille.
  • Jour 2 : le Bassin minier (Lewarde ou Arenberg, terrils de Loos-en-Gohelle, Louvre-Lens), puis Vimy et Notre-Dame-de-Lorette.
  • Jour 3 : Arras le matin, ou Tournai pour une escapade belge, et Fromelles sur le chemin du retour.

Ce qui frappe, au bout de ce circuit, c'est la cohérence de ces sites. Les beffrois racontent la fierté des villes marchandes, le Bassin minier celle des travailleurs, les mémoriaux le prix payé par toute une génération. Ensemble, ils disent beaucoup du Nord et de ses habitants : une terre travailleuse, solidaire, qui a souvent souffert et qui accueille toujours le visiteur à bras ouverts.

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