Réserve naturelle intégrale du mont Nimba

d'ensemble sur les pentes forestières brumeuses du mont Nimba, crêtes rocheuses émergeant d'une canopée
Sommaire5 sections
  1. 01Deux critères, deux raisons de protéger ce massif
  2. 02Un crapaud qui donne naissance à des jeunes formés
  3. 03Une forêt qui change avec l’altitude
  4. 04Protégé depuis 1944, menacé depuis les années 1990
  5. 05Ce que la population riveraine change à l’équation

Inscrit en 1981, le mont Nimba doit son classement à des espèces qu’on ne trouve nulle part ailleurs sur Terre.

Deux critères, deux raisons de protéger ce massif

L’UNESCO a inscrit la réserve naturelle intégrale du mont Nimba en 1981, au titre de deux critères naturels distincts. Le critère (ix) reconnaît un processus écologique en cours : un massif isolé, couvert de forêt de montagne, qui fonctionne comme un refuge au milieu des plaines forestières du golfe de Guinée. Le critère (x) reconnaît, lui, la diversité biologique proprement dite, avec un taux d’endémisme jugé exceptionnel pour l’Afrique de l’Ouest.

Un massif à cheval sur deux pays

Le mont Nimba se trouve à la frontière de la Guinée, du Liberia et de la Côte d’Ivoire, mais seule la partie guinéo-ivoirienne est protégée au titre du patrimoine mondial. La réserve couvre environ 17 540 hectares, dont 12 540 en Guinée et 5 000 en Côte d’Ivoire. Le point culminant atteint 1 752 mètres. La portion du massif située côté libérien, elle, a été fortement dégradée par d’anciennes activités minières et reste hors du bien classé.

Un crapaud qui donne naissance à des jeunes formés

Le crapaud vivipare du mont Nimba, Nimbaphrynoides occidentalis, ne pond pas d’œufs : les femelles mettent au monde des petits déjà métamorphosés. L’espèce ne vit que sur les hauteurs du massif, ce qui en fait l’un des vertébrés les plus menacés du site, en danger critique d’extinction du fait de sa minuscule aire de répartition. On y trouve aussi le micropotamogale du mont Nimba, un petit mammifère semi-aquatique lui aussi endémique, et des populations de chimpanzés connues pour se servir de pierres comme outils, un comportement documenté ici depuis les années 1960.

Une forêt qui change avec l’altitude

La base du massif, jusqu’à 1 000 mètres environ, porte une forêt dense classique d’Afrique de l’Ouest. Plus haut, elle cède la place à une forêt montagnarde riche en épiphytes, puis à une savane d’altitude sur la ligne de crêtes, qui s’étend sur environ 15 kilomètres. Plus de 2 000 espèces de plantes vasculaires ont été recensées sur l’ensemble du massif, dont plusieurs endémiques ou quasi endémiques à cette seule montagne.

Protégé depuis 1944, menacé depuis les années 1990

Le statut de protection du mont Nimba remonte à 1944, sous administration coloniale, et couvrait déjà la partie nord du massif partagée aujourd’hui entre Guinée et Côte d’Ivoire. La Côte d’Ivoire a renforcé ce statut par une loi de 2002 qui fait de la réserve un domaine public inaliénable de l’État. Côté guinéen, la base juridique reste le texte de 1944, et la gestion est confiée à un établissement public placé sous tutelle du ministère de l’environnement.

Le site figure depuis 1992 sur la liste du patrimoine mondial en péril. Deux pressions concrètes expliquent ce classement : le braconnage, qui touche surtout la grande faune, et les feux de brousse allumés chaque année pour défricher des terres agricoles à la lisière de la réserve. Ces feux pénètrent régulièrement dans l’espace protégé et abîment la savane d’altitude, plus fragile que la forêt dense.

Ce que la population riveraine change à l’équation

La croissance démographique autour du massif accentue la demande en terres agricoles et en pâturages, ce qui alimente le recours au feu comme méthode de défrichement traditionnelle. Les autorités guinéennes et ivoiriennes misent sur l’implication directe des populations riveraines dans la surveillance du site, plutôt que sur une simple interdiction, jugée difficile à faire respecter sur un périmètre aussi étendu. Le renforcement des moyens humains et financiers des équipes de gestion reste, selon les rapports successifs du comité du patrimoine mondial, la principale marge de progrès.

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