L'église méconnue visible par des milliers d'automobilistes depuis le Périphérique à Paris
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Coincée entre le périphérique et une zone pavillonnaire de Gentilly, cette église déçoit d’abord par son accès, avant de surprendre par son histoire.
Ce qui refroidit en arrivant
Aucune signalétique touristique ne mène à l’église du Sacré-Cœur de Gentilly. On la longe en voiture sur le boulevard périphérique sans jamais pouvoir s’arrêter, et le seul accès piéton correct passe par la passerelle du Cambodge, peu large et ouverte aux vélos comme aux piétons. Le bâtiment lui-même, en béton armé assez brut, ne ressemble à aucune église parisienne classique : pas de flèche gothique, pas de pierre de taille, une silhouette plus proche d’un édifice des années 1930 que d’un monument religieux traditionnel. Beaucoup de visiteurs venus sur la seule promesse du titre repartent déçus par l’extérieur.
Un emplacement qui raconte une frontière
L’église se trouve exactement sur la limite entre Paris et le Val-de-Marne, à quelques mètres du périphérique, dans le prolongement de la Cité internationale universitaire de Paris. Cette position n’a rien d’un hasard architectural : elle a été choisie en 1933 pour desservir les étudiants catholiques logés dans les résidences universitaires voisines, à une époque où le périphérique n’existait pas encore et où le quartier formait un ensemble continu.
Ce qui vaut vraiment le déplacement
Construite entre 1933 et 1936 grâce au financement privé de l’abbé Picard de la Vacquerie et de l’industriel sucrier Pierre Lebaudy, l’église mélange des influences néo-byzantines et néo-romanes rares en Île-de-France pour cette période. La coupole intérieure, le plan centré et le travail du béton armé, matériau alors récent pour un édifice religieux, en font un objet d’architecture religieuse du XXe siècle plus intéressant que beaucoup d’églises néogothiques du même quartier.
Une rupture provoquée par le périphérique
La construction du boulevard périphérique sur ce tronçon, à la fin des années 1960, a coupé net le lien physique entre l’église et la Cité universitaire qu’elle servait. La fermeture de la passerelle piétonne en 1968 a achevé l’isolement : sans accès simple, les étudiants catholiques ont cessé de fréquenter le lieu, qui est resté fermé pendant environ dix ans.
La communauté qui l’a fait revivre
À partir de 1979, l’église a été confiée à la communauté catholique portugaise de la région parisienne, alors en manque de lieu de culte adapté à ses besoins. Cette affectation a duré et structure encore aujourd’hui la vie paroissiale du lieu, avec des offices en portugais qui rassemblent des fidèles venus de tout le sud parisien. La rénovation de la passerelle du Cambodge, plus tard, a redonné un accès piéton correct depuis Paris.
Pourquoi elle reste ignorée
Rien à l’extérieur ne signale l’intérêt du lieu aux automobilistes qui la longent chaque jour sur le périphérique. Sans façade spectaculaire ni flèche visible de loin, elle ne correspond à aucun des repères habituels qui font remarquer une église parisienne. C’est justement cette discrétion, entre le tumulte de la voie rapide et le calme relatif de Gentilly, qui fait sa singularité pour qui prend la peine de s’y arrêter à pied.
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